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20/04/2014

L'Amour au subjonctif

L'Amour au subjonctif

de

Pascal Ruter

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"Voilà les enfants...Que dis-je, les enfants? Les jeunes, oui! Vous pouvez constater que je suis calme et prête à vous écouter.

Je ne suis pas là pour vous accabler, ni pour vous juger. Je suis là pour comprendre. Vous comprendre. Ou essayer, en tout cas. Ce n'est pas pour me vanter, mais je crois vous avoir toujours soutenus dans les périodes difficiles et les épreuves, comme j'ai partagé votre joie dans les moments de grâce. "

La principale convoque les élèves pour comprendre comment au bout d'une semaine ils ont pu rentrer tout seul de leur voyage scolaire en Italie sans leurs professeurs.

Et c'est le récit de ce périple pas comme les autres que nous sommes invités à découvrir...

J'ai commandé ce roman pour le fonds adolescent de la médiathèque où je travaille et quand il est arrivé, je l'ai immédiatement emprunté. J'étais amusée par le sujet car je vais moi aussi partir bientôt à Rome (fin juin-début juillet) avec un groupe de 11-17 ans.

"La vérité, c'est que nous avons tous confusément senti, à ce moment-là, qu'il se passerait d'une drôle de façon ce voyage, comme s'il était engagé sur des rails un peu tordus. Comme s'il était miné depuis le départ. Et tutti quanti."

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Pour raconter cette histoire, Pascal Ruter a décidé de multiplier les points de vue. Plusieurs voix d'adolescents s'entremêlent ainsi.

On fait d'abord la connaissance de Roméo. Roméo est fou amoureux de Juliette depuis la maternelle. Il a appris tous les dialogues de la pièce de Shakespeare pour la séduire mais dès qu'elle s'approche de lui, il ne peut prononcer aucune phrase bien sentie...Il bafouille, rougit....Et se dissimule en permanence derrière ses Ray Ban. Il espère cependant que ces cinq jours vont lui donner enfin l'occasion de faire la conquête de l'adolescente.

"Chaque fois que je la rencontre le matin, c'est comme la traversée du triangle des Bermudes avec un brouillage de données et la navigation à vue. J'ai remarqué que chaque fois que je croise son regard, j'ai de l'aquarelle plein les yeux, et je me mets à fuir de partout. "

J'ai beaucoup apprécié les parties de Roméo, cet adolescent pas comme les autres aux références littéraires et cinématographiques prononcées, ce Pierre Richard en culottes courtes dont toutes les tentatives de séduction tournent court et donnent lieu à des scènes d'anthologie.

Juliette, quant à elle, se rêve future romancière et passe son temps à observer ses comparses et les professeurs. C'est grâce à elle qu'on surprend toutes les interactions de ces accompagnateurs pas comme les autres. Même si elle m'a moins fait rire que Roméo, j'ai aimé son ton souvent cynique et sa façon de décrire les autres.

A ces deux protagonistes s'ajoute une galerie de personnages secondaires haut en couleurs: Merlin, un kleptomane qui tente d'oublier l'absence d'un frère; Anna en quête de ses parents; Zoé un peu perdue dans la vie; Tarzan, le conducteur du car fan du soap opéra Coeurs déchirés et grand séducteur devant l'éternel...

Chacun d'entre eux porte une fêlure que nous découvrons au fil des pages. Mais ces "cœurs déchirés", que le voyage en Italie va tenter de réparer, ne baissent jamais les bras et nous font souvent rire...Un peu comme dans les films italiens dont Roméo est si fan (on a d'ailleurs le droit à un bel hommage à la Dolce Vita dans la fontaine de Trevi)

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Très souvent, j'ai parcouru ce roman le sourire aux lèvres, amusée par l'enchaînement de catastrophes, de gaffes....et par les réflexions de ces adolescents de 15 ans.

Mais je dois avouer que j'ai moins accroché aux derniers chapitres trop fantaisistes...Je ne m'attendais pas à une telle résolution du mystère de la disparition des trois accompagnateurs...

Bref, vous l'aurez compris: L'amour au subjonctif (je vous laisse découvrir le sens du titre..)constitue un roman très drôle et qui donne très envie de repartir en Italie sur la route de Rome et de Pompéi.

Didier Jeunesse, 2014, 281 pages, 14,20 €

 

 

25/02/2014

Ma réputation de Gaël Aymon

Ma réputation

de

Gaël Aymon

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"En m'embrassant, il a raté ma joue. Enfin, c'est ce que j'ai pensé quand j'ai senti ses lèvres effleurer les miennes très vite. C'est quand j'ai croisé son regard que j'ai su que Sofiane l'avait fait exprès. Et puis il a filé vers le bus! Je n'avais rien vu venir! Depuis quand est-ce qu'il se fait un film dans sa tête? On dirait que les ennuis commencent!"

Laura, 15 ans, ne se sent à l'aise qu'avec les garçons. C'est pour cette raison qu'elle traîne en permanence au lycée avec Théo, Jimmy et Sofiane.

Mais ce dernier semble attendre d'elle beaucoup plus qu'une simple relation amicale. Mal à l'aise, Laura le repousse.

Et c'est l'escalade...Ses copains la rejettent, des rumeurs commencent à circuler sur elle...

Laura va tenter de rester forte face à son isolement grandissant.

Aujourd'hui, c'était un peu Noël à la médiathèque où je travaille. De nombreux cartons de commandes m'attendaient. Parmi eux, celui contenant les romans pour les adolescents et ce titre. Un titre que j'ai trouvé très accrocheur.

Je m'y suis plongée ce soir et je ne l'ai reposé, qu'une fois achevé.

Laura a tout d'une adolescente normale. Elle partage sa vie entre l'appartement de son père et celui de sa mère. C'est une bonne élève au lycée. Elle appartient à un groupe d'amis...

Un jour, son quotidien bascule. Une photo d'elle en train de dormir en pyjama est affichée dans les couloirs de son établissement et sur les réseaux sociaux. Celui qui l'a publiée prétend l'avoir "pécho"

Elle sent les regards sur elle. Elle entend les conversations qui s'arrêtent quand elle s'approche. Ou les murmures. Elle lit ce qu'on dit sur elle sur Internet.

Elle a l'impression d'être sale.

"Le pire, c'est que je les comprends. A force d'être salie, je me sens sale. Je suis rentrée dans le rôle, je m'habitue. Quelle raison ils auraient de prendre ma défense, de venir vers moi, puisque même à mes yeux, je ne les vaux pas? C'est pour ça que je ne vois pas d'issue. Je me dis quelque part, j'ai dû chercher ce qui m'arrive. "

Elle maigrit à vue d’œil, s'exclut des autres, se réfugie là-haut dans un couloir sombre, ment à ses parents...

Tout au long de ces cent pages de monologue, on suit sa lente descente aux enfers.

Une lente descente interrompue par quelques moments de grâce: les pauses déjeuners avec la mystérieuse Jo, cette statue tant admirée au musée d'Orsay...

Comment trouver la solution? Comment enrayer cette spirale? Comment résister à ce harcèlement quotidien? Autant de questions qu'elle ne cesse de retourner dans sa tête.

J'ai trouvé que Gaël Aymon abordait avec beaucoup de talent cette thématique si grave, qui touche tant d'adolescents. Après une introduction où on fait la connaissance de son héroïne et de ses habitudes journalières, il nous dépeint la mécanique infernale qui la brise.

"Quand la tempête finit par se calmer, je n'ose pas un regard vers elle. Mes hoquets résonnent encore un moment dans la cage d'escalier, puis c'est le silence. Un silence comme on n'en entend jamais dehors. Un silence qui me fait ressentir la présence de Joséphine très fort. Partager ce silence de mort dans l'obscurité, c'est comme signer un pacte, n'être plus que deux âmes nues, sans corps, sans enveloppe, côte à côte."

Chaque mot de Laura sonne juste. Sans jamais sombrer dans le pathos.

On veut savoir ce qui l'attend. On espère qu'elle va s'en sortir. On veut découvrir le fin mot de l'histoire.

Malheureusement, j'ai moins adhéré à la résolution de l'intrigue. Je l'ai trouvée un peu trop simpliste et tirée pas les cheveux. J'attendais autre chose.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai beaucoup aimé ce roman poignant et au sujet si fort.

Actes Sud Junior, 2013, 98 pages

 

 

15/01/2014

Belle Epoque de Elizabeth Ross

Belle-Epoque

de

Elizabeth Ross

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"Parfaite, tout simplement parfaite.

Le petit bonhomme bedonnant me scrute sous tous les angles. Son gros ventre menace de faire sauter les boutons de son gilet. M. Durandeau, j'imagine, même s'il n'a pas eu la politesse de se présenter. Il tourne autour de moi tandis que je reste pétrifiée au milieu du salon. Un parfum indéfinissable flotte dans l'air"

Après avoir entendu ses voisines parler de son futur mariage avec le boucher, Maude Pichon a décidé, à tout juste 16 ans, de fuir sa Bretagne natale. Récemment débarquée à Paris, elle peine à joindre les deux bouts. Jusqu'au jour où elle répond à l'annonce d'un certain M. Durandeau...

Ce dernier a monté une agence qui propose un service unique à ses clientes: elles peuvent louer un repoussoir qui mettra leur beauté en valeur.

Après quelques hésitations, Maude accepte ce travail et est engagée par la comtesse Duberne pour servir de faire-valoir à sa fille Isabelle.

Mais tout se complique quand notre héroïne devient amie avec la jeune fille....

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J'ai immédiatement été attirée par la superbe couverture de cet ouvrage. Aussi, quand il est arrivé à la médiathèque, je l'ai emprunté immédiatement et dévoré en deux jours.

Il s'agit du premier roman d'Elizabeth Ross. Elle s'est inspirée des Repoussoirs, une nouvelle d'Emile Zola. Ce court récit narre "comment un individu nommé Durandeau fonde une agence de location de femmes laides qui vont servir de faire-valoir à des clientes issues de la bonne société." Une manière pour l'écrivain de dénoncer une "bourgeoisie qui ne s'embarrasse pas de scrupules, capable qu'elle est de faire de la laideur féminine une marchandise comme une autre".

Dès les premières pages, on découvre la fameuse agence Durandeau. Après avoir été évaluée sur son physique par le directeur, Maude Pichon passe son premier "casting". Avec tous les autre faire-valoirs, elle se retrouve scrutée par une cliente potentielle. Et réussit à être engagée.

Cette scène très forte a immédiatement retenu mon attention. On a l'impression que ces femmes choisies sur leur physique se voient retirer toute humanité et se transforment en bétail. Un bétail sélectionné selon des critères bien particuliers.

Dans ces conditions, on ne peut que comprendre la réaction de Maude et son refus. Mais la vie pour une jeune femme, fraîchement débarquée de la province, se révèle difficile dans le Paris de 1889. Elle tente d'exercer d'autres professions (blanchisseuse..). Cependant, bien vite, elle doit se résoudre à accepter le poste qui lui est proposé. Comme toutes celles qui l'ont précédé...

On lui confie la tâche de repoussoir auprès d'une jeune femme noble, Isabelle, qui vient de faire son entrée dans le monde et que sa mère espère voir fiancée avant la fin de la saison.

Comme Maude, Isabelle refuse son destin.

"Il y'a tout un monde au-delà de cette société brillante, un nouveau siècle pointe le bout de son nez. Mais pour moi, la vie se limitera éternellement à ça: une alliance avec un homme bien né"

Ces deux héroïnes, ainsi que toutes les figures féminines qui gravitent autour d'elles, permettent à la romancière de dresser un portrait de la condition des femmes à la fin du 19ème siècle.

Un tableau bien sombre car on se rend compte que chacune d'elles, peu importe sa position dans l'échelle sociale, se retrouve prisonnière. Prisonnière de son rang, prisonnière de son image, prisonnière de sa réputation...Et il faut beaucoup de courage pour se sortir de tous ces carcans.

Mais Belle Epoque nous plonge également dans le Paris de 1889. On se promène dans les différents quartiers. On assiste aux bouleversements induits par l'Exposition universelle, à l'instar du chantier de la Tour Eiffel qui suscite tant de critiques...On fraye avec les artistes de Montparnasse (dont une certaine Suzanne Valadon)...

De même, on découvre la bonne société, celle qui impressionnait tant notre héroïne quand elle était plus jeune. C'est là justement où le schéma narratif se révèle le plus efficace. Le "je" de Maude se fait évolutif au fil des pages. A la fascination et la naïveté des débuts (le premier bal, le premier opéra...) succèdent un certain désenchantement et une prise de conscience quand elle va au-delà des apparences.

Cette problématique des apparences se trouve bien évidemment au cœur de l'intrigue. Chacun des protagonistes y apporte sa réponse...Et je trouve cette thématique particulièrement intéressante car elle se fait l'écho de ce qui se passe dans notre société contemporaine, où l'image se révèle primordiale.

J'ai aussi apprécié le fait que je ne m'attendais pas à tous les rebondissements imaginés par Elizabeth Ross. Même si j'ai regretté la fin un peu trop rapide et certaines résolutions un peu trop simplistes.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai vraiment passé un très agréable moment en compagnie de ce roman d'apprentissage bien documenté, doté de personnages attachants et d'une histoire originale.

Robert Laffont, collection "R", 2013, 17,90 €

Billet dans le cadre du challenge 19ème siècle

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