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16/10/2014

La Porteuse de mots

La Porteuse de mots

de

Anne Pouget

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"Paris, mai 1499

Pernelle se massa les épaules, ultime répit avant de se jeter dans la mêlée: malgré l'heure matinale, la fontaine de la Halle était assaillie de monde; ça chahutait, ça criait, ça se bousculait autant que dans une basse-cour à l'heure du grain."

En ce mois de mai 1499, Pernelle, une jeune fille de 13 ans, exerce le métier de porteuse d'eau. Elle contribue ainsi au mince pécule familial.

Mais ce matin-là, sa tournée va lui permettre de faire une rencontre déterminante. En effet, elle croise Enzo, un garçon italien venu étudier dans la capitale, et elle lui confie son ambition d'apprendre à lire. Et s'il le réalisait?

Mais rien n'est simple pour notre héroïne. Très vite, la maladie de son père et les accusations de sorcellerie à l'encontre de sa mère la poussent à grandir et à faire face à des responsabilités d'adultes.

Et, dans un tel contexte, comment trouver la force de poursuivre ses objectifs?

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J'avais remarqué ce roman dans un des billets de Bianca et tant la couverture que le titre m'avaient donné envie de m'y plonger. Aussi, je me suis lancée dans cette lecture commune avec ma copinaute.

J'ai tout de suite accroché au personnage de Pernelle. Cette héroïne a des rêves pleins la tête et elle se donne les moyens de les réaliser. Une manière pour Anne Pouget de parler d'un sujet qui me touche tout particulièrement, comme vous le savez déjà si vous suivez régulièrement mon blog, la place des femmes dans la société et dans l'histoire.

Dans ce Paris de la Renaissance, on en apprend plus sur les conditions de vie de la gent féminine. Pernelle, sa mère Richarde et Hermance: trois figures qui tentent de survivre mais surtout de mener à bien leurs passions. Or, ce n'est jamais facile et comme le rappelle le procès de Richarde, ce n'est jamais exempt de risques.

De même, cette réflexion sur la condition des femmes s'accompagne d'une description minutieuse de la vie dans la capitale à la fin du 15ème siècle. On se promène, des rives de la Seine où les ponts menacent de s'effondrer et où le spectre de la "grenouille" plane aux des ruelles de Notre-Dame. On voyage également à Venise. Tous ces itinéraires nous permettent de découvrir les coulisses des tribunaux parisiens, les boutiques de libraires, les premiers imprimeurs, la vie dans les collèges, le milieu étudiant...

On apprend donc beaucoup de choses au fil de ces 197 pages. Et justement c'est peut-être le tort qu'on pourrait faire à ce roman jeunesse: afin de nous amener à ce degré de connaissance, l'auteur a dû multiplier les ressorts de l'intrigue, jusqu'à la rendre quelque peu invraisemblable. On a du mal à croire qu'une jeune fille de cette catégorie sociale ait pu faire toutes ces rencontres (Erasme entre autres) et obtenir tous ces soutiens.

Mais cette apparence un peu trop "conte de fées" ne doit pas pour autant occulter les indéniables qualités de cet ouvrage: outre son encyclopédisme, La Porteuse de mots comporte de jolis personnages, à l'instar de Pernelle et de Rutebeuf, l'ami simple et au cœur d'or de la famille.

Et cette œuvre met également en lumière des personnes ayant réellement existé, tels que Barthélémy de Chassanée (un avocat spécialiste des procès d'animaux. L'occasion d'assister à des scènes très drôles de tribunal) ou Aldo Manunzio, cet imprimeur de génie qui a contribué à l'essor des idées humanistes.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé un bon moment en compagnie de ce roman historique très documenté et qui nous permet une incursion dans l'univers si riche de la Renaissance.

Merci aux éditions Casterman pour cette découverte

Editions Casterman, 2014, 197 pages

Billet dans le cadre d'une LC avec Bianca

 

 

09/10/2014

Le Choix d'Adélie

Le Choix d'Adélie

de

Catherine Cuenca

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"Lyon, juin 1913,

Plongée dans sa lecture, Adélie essayait d'ignorer les appels répétés de sa mère."

En ce début d'été 1913, Adélie, une jeune fille de 17 ans, attend avec impatience les résultats de son baccalauréat. Elle espère l'obtenir et entamer des études de médecine pour devenir chirurgien.

Au grand dam de sa mère qui préférerait qu'elle trouve un bon parti et ne cesse de lui présenter d'éventuels prétendants.

Un dimanche midi, lors d'un déjeuner avec un nouveau collègue de son père et sa famille, Adélie fait la connaissance d'Antonin, un jeune homme de son âge qui partage les mêmes ambitions professionnelles.

Débute alors une idylle entre eux.

Mais au cours de l'année, leur relation se heurte à des obstacles et surtout, la Première Guerre mondiale éclate et les sépare...

Face à ce conflit, Adélie va devoir faire des choix...

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J'ai immédiatement été attirée par le titre et par cette jeune infirmière en couverture. Aussi, j'ai été ravie quand ma copinaute Bianca a accepté de partager cette lecture commune avec moi.

Dès les premières pages, je suis tombée sous le charme de cette héroïne, à la fois ambitieuse et naïve, intelligente et courageuse...En dépit du choix narratif (style indirect), on s'attache à elle, on comprend ses émotions, ses tourments, ses doutes, ses souffrances...

Adélie ne nourrit pas les mêmes rêves que les autres jeunes femmes de son âge. En place d'un mari, elle espère obtenir un poste de chirurgien et est prête à tous les combats et tous les sacrifices pour parvenir à ce but. Et sa rencontre avec Antonin va la conforter dans ce but.

On la suit donc lors de ses premiers pas en amphi et on la voit essuyer, avec une comparse, le mépris de certains professeurs et de certains camarades. J'ai été particulièrement frappée par la première leçon d'anatomie où tout est fait pour les pousser dehors...

Ce roman pour adolescents s'attaque donc à une problématique que j'affectionne: celle de la place des femmes et de leurs droits. En ce début de 20ème siècle, rares sont celles qui peuvent exercer le métier qu'elles souhaitent. Et souvent pour atteindre le même rang que les hommes, elles doivent essuyer de nombreux refus et endurer de multiples épreuves. C'est le cas d'Adélie et de sa meilleure amie.

De même, la marge d'action pour une femme est assez limitée: soit elle se marie et peut prétendre à un certain respect, soit elle demeure célibataire et se retrouve souvent en butte aux critiques voire aux avances de l'autre sexe.

A ce thème fort, développé tout au long de l'intrigue, se superpose forcément celui de la Première Guerre mondiale et de son impact sur toute la génération des 18-25 ans. Celle qui nourrissait de nombreux espoirs et qui s'est retrouvée brisée. Mutilations physiques, blessures psychologiques, renoncements, séparations, deuils constituent autant de sujets abordés au fil des pages.

Petite et Grande histoire s'entremêlent. A la fin de la Belle époque correspond une rupture dans la vie d'Adélie et on sent bien que la guerre pourrait en entraîner de nombreuses autres.

J'ai accroché à cette intrigue classique, à ce magnifique portrait de femme mais j'ai été un peu déçue par le dénouement sans doute un peu trop convenu à mon goût. A mon sens, cette héroïne si libre et si brave aurait mérité un autre sort (ne vous inquiétez pas, je ne vous en dirai pas plus).

Bref, vous l'aurez compris: je vous recommande cette lecture et j'espère que vous serez aussi séduite que moi par cette protagoniste et par son destin.

Oskar Editions, 2013, 338 pages

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Bianca et dans le cadre du Challenge Première Guerre mondiale

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30/09/2014

Comme des images

Comme des images

de

Clémentine Beauvais

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"Il y a un corps dans la cour du lycée Henri-IV."

Au bout d'une journée pas comme les autres, un corps se fracasse dans la cour du Cloître du lycée Henri-IV.

"Je contemple ce corps, d'abord, avec l'intérêt poli que l'on réserve aux statues excentriques des artistes contemporains, car il faut du temps pour que la vérité chemine jusqu'à moi à travers cette installation spectaculaire [...]

A présent, j'attends, en pensant à ce qui s'est passé ce jour-ci et tous ceux d'avant."

Ainsi, notre narratrice (anonyme, jamais son prénom n'est mentionné en 200 pages) revient sur les évènements qui ont conduit à cette chute fatale.

Tout a commencé quand Leopoldine Gauthier a rompu avec Tim pour se mettre en couple avec Aurélien. Tristesse du rejeté et forcément, volonté de se venger. Ou du moins, lors d'une soirée trop alcoolisée avec ses amis, de montrer son ex dans une position indécente.

Et un matin, à huit heures, tout le lycée (parents et professeurs compris) se voit adresser par mail ladite vidéo.

Rires/Dégoût/Rejet/Gêne/Moqueries/Soutien: autant de réactions qui secouent ce microcosme parisien et qui vont avoir des répercussions dramatiques.

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J'avais entendu parler de ce roman sur le blog de mon amie Loucy et j'avais envie de le lire depuis. Aussi, quand il est arrivé à la médiathèque, je me suis lancée.

Dès les premières pages, on se sent étouffé dans ce lycée d'élite, enfermé dans une de ses nombreuses cours à côté d'un cadavre. Comme si finalement cet établissement-Hache quatre-avait réussi à broyer un de ses membres.

"alors je me prenais à imaginer une sorte de rite initiatique terrifiant conduit dans l'ombre de la montagne Sainte- Geneviève. sous le visage acariâtre de la tour Clovis. Il y avait des épreuves de gladiateurs où on devait dompter des monstres et leur couper la tête avec cette fameuse "Hache quatre 100% de réussite" dont on entendait parler."

Bien entendu, il est question de réussite scolaire et de pression pour passer dans la bonne section en 1ère. Chaque devoir est un enjeu. Chaque note est disséquée et tous redoutent le moindre faux pas. Aucune erreur n'est tolérée et chacun sait qu'il joue sa future position sociale.

Mais cette idée, finalement, même si elle est plusieurs fois développée, m'a moins frappée que la méditation sur l'âge adolescent. Comme dans une Cour, chacun occupe un rang, de la reine aux courtisans. On jette les amis comme des kleenex, on se jauge...Et on tente de préserver sa place.

C'est ce que la confession de la narratrice met clairement à jour. On sent toute sa fascination pour sa Leo, son amie depuis la sixième, si belle, si intelligente, auréolée de toutes les qualités. Et si la publication de cette vidéo faisait descendre de son trône cette reine?

Elle dispose d'une journée. Une journée pour garder la tête haute et affronter tous les lazzis.

"Je me suis plu à imaginer Leopoldine comme leur petit chaperon rouge, et moi en bûcheron qui les attaquerait à la Hache quatre pour la sortir fraîche et ensanglantée et souriante de leurs entrailles. Sauf qu'elle n'avait pas besoin de moi: elle n'a pas pris de petit chemin alternatif, elle a marché droit devant eux avec son hochement de tête et son recoiffage rapide. Ils ont tous baissé la tête vers l'asphalte, comme balayés par le coup de fouet de ses cheveux."

Guerre de classe, guerre de position, guerres familiales...Et si l'adolescence se faisait encore plus cruelle à Hache-quatre?

A ces sujets forts se superpose un autre, qui depuis la parution de photos volées de stars dans le plus simple appareil en septembre, revêt une résonance encore plus particulière. J'ai parlé bien entendu de l'atteinte à l'intégrité du corps de la femme. Et de la multitude de réactions que provoque une diffusion de tels clichés et/ou films? Du "sale pute" au "je te soutiens", toute une gamme de comportements est évoquée lors de cette journée pas comme les autres. Et bien entendu, se dessinent en filigrane le sexisme et l'inégalité encore existante entre les hommes et les femmes dans leur rapport à la nudité et au sexe.

J'ai beaucoup apprécié toutes ces réflexions et ce portrait au vitriol de la jeunesse privilégiée dans ce lycée d'élite.

Mais, ce qui m'a gênée, c'est le style. Certes, les phrases brutes, sans fioritures, font forte impression et s'adaptent à la violence du sujet traité. Cependant, certaines tournures m'ont trop heurtée.

Bref, vous l'aurez compris: un ouvrage qui ne peut laisser indifférent et qui nous interroge profondément.

Editions Sarbacane, 2014, 204 pages