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01/11/2012

Le Manoir de Tyneford

Le Manoir de Tyneford

de

Natasha Solomons

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"Quand je ferme les yeux, je vois Tyneford House. Allongée sur mon lit dans le noir, je vois sa façade de pierre calcaire baignant dans la lumière dorée d'une fin d'après-midi."

Vienne, printemps 1938: Elise Landau, jeune femme issue de la bourgeoisie artistique (son père Julian est un écrivain célèbre, sa mère Anna une chanteuse d'opéra reconnue) se voit contrainte de trouver un emploi en Angleterre afin d'échapper aux persécutions contre les Juifs. Elle passe une annonce et très vite, reçoit une réponse positive de la gouvernante du manoir de Tyneford.

S'ensuivent les préparatifs, les dernières fêtes, les promesses de se retrouver, une fois les visas obtenus, aux Etats-Unis et le départ pour le Dorset avec l'alto familial contenant un manuscrit paternel inédit.

Les premiers temps à Tyneford se révèlent difficiles. Elise fait le dur apprentissage du métier de domestique, se sent rejetée par ses pairs et espère obtenir enfin de bonnes nouvelles de ses parents.

Mais l'arrivée du fils de la maison, Kit Rivers, va bouleverser ce quotidien....

 

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Il s'agit du second roman de Natasha Solomons, une auteure anglaise née en 1980 et qui avait été très remarquée pour son premier ouvrage Jack Rosenblum rêve en anglais. Elle s'est inspirée du destin de sa grand-tante Gabi qui avait réussi à fuir en devenant aide maternelle.

J'avais aperçu cet ouvrage en librairie, au moment de sa sortie et j'avais tout de suite été attirrée par sa couverture et par le titre. Aussi, je n'ai pas hésité quand je l'ai vu en présentation dans ma bibliothèque. Et je l'ai littéralement dévoré.

J'ai beaucoup aimé le style et la construction du roman. Elise Landau, devenue vieille, nous raconte son histoire et nous transporte au printemps viennois de 1938, un moment décisif de sa vie.

"Les souvenirs n'obéissent pas à une chronologie. Dans mon esprit, tout se bouscule [Mais] dans les pages qui suivent, je dois m'astreindre à, un certain ordre"

Même si les feuillets consacrés à Vienne ne sont finalement que peu nombreux par rapport au reste du livre, je trouve qu'ils se révèlent très marquants. Ils permettent de comprendre la vie des bourgeois bohêmes menacés par la montée du nazisme. Mais aussi de mieux cerner la personnalité de l'héroïne, "le bébé de la famille" Landau et l'impact de Tyneford sur elle.

Tout le reste du roman est consacré à la vie à Tyneford. Je suis totalement d'accord avec le choix du traducteur d'avoir changé le titre original "le Roman dans l'alto" en "Le Manoir de Tyneford" (Les Américains ont d'ailleurs pris la même décision. Le roman s'appelle là-bas The House of Tyneford). En effet, je pense qu'il correspond plus au contenu. Certes, le roman dans l'alto, métaphore de la mémoire familiale et surtout paternelle, constitue un élément essentiel de l'intrigue. Mais le manoir et la ville de Tyneford, lieux de toutes les beautés, de toutes les évolutiions et de tous les bouleversements, m'ont encore plus fascinée.

" Enfin, nous sortîmes de l'allée et Tyneford s'offrit à ma vue. Je n'oublierai jamais cette première vision. C'était un manoir simple et élégant. D'une couleur différente de celle des cottages, ses pierres d'un jaune chaud luisaient au soleil. Un porche gothique s'élevait sur le côté. Le blason familial était sculpté dans sa façade en grès et deux roses en pierre ornaient chacun de ses coins. Une vieille glycine chargée de grappes de fleurs encadraient les fenêtres à l'ouest. [...] rares sont les endroits où la nature a été plus prodigue. Des bois de hêtre bordaient le jardin, et la demeure, construite sur un terrain en pente, avait la rangée de collines en arrière-plan. Une élégante terrasse courait le long de la maison d'où quelques marches menaient à une pelouse soyeuse qui descendait vers la mer. Toutes les fenêtres de la façade donnaient sur cette étendue d'eau étincelante, calme, enchanteresse. "

J'ai beaucoup aimé également les personnages. J'en parlerai peu de peur de trop en révéler mais je trouve que l'écrivaine a su leur donner un aspect attachant et montrer leur évolution. Chacun, même les protagonistes les plus secondaires, est impacté par la Seconde Guerre Mondiale.

Une des autres qualités de cet ouvrage tient à la peinture des moeurs anglaises à cette période. La scène où Elise se travestit en garçon pour l'anniversaire de Kit; l'ignorance d'Elise et de son amie Polly sur le déroulement des relations sexuelles...donnent un aperçu de la vie des "privilégiés" à la fin des années 30.

De même, l'apprentissage du métier de bonne par Elise offre la possibilité de découvrir les règles qui régissent le monde des domestiques.

"La première chose qu'on m'avait apprise, c'était l'importance de la rapidité! Une bonne n'est jamais oisive, or traîner, ce n'est rien faire"

"Rappelez-vous qu'on ne doit jamais vous voir de l'extérieur. Quand vous lavez les vitres, baissez-vous et partez si jamais vous apercevez une dame ou un monsieur dehors, sur la pelouse ou la terrasse. [...] Vous devez vous rendre invisible"

Bref, vous l'aurez compris: ce roman, tant pour son intrigue bouleversante que pour son style et sa construction, constitue un coup de coeur. Et j'espère vous avoir donné envie de vous plonger dedans.

Je mets en lien la vidéo de présentation par les éditeurs anglais (le manoir est tout bonnement magnifique).


Editions Calmann-Levy, avril 2012, 20,90 €, 450 pages, traduit de l'anglais par Lisa Rosenbaum

Ce billet marque ma quatrième participation au challenge Au service de...

 

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20/09/2012

Agnès Grey

Agnès Grey

Anne Brontë

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"Toutes les histoires vraies portent avec elles une instruction, bien que dans quelques-unes le trésor soit difficile à trouver, et si mince en quantité, que le noyau sec et ridé ne vaut pas souvent la peine que l'on a eu à casser la noix"

Ainsi débute le récit d'Agnès Grey. Cette jeune femme, issue d'une famille désargentée, décide de devenir gouvernante pour soutenir les siens. Elle loue ainsi successivement ses services à deux familles, les Bloomfield et les Murray, qui ne reconnaissent pas à juste titre ses mérites. 

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Je venais juste de regarder l'adaptation par la BBC de The tenant of Wildfeld Hall, autre roman The-Tenant-of-Wildfell-Hall-B00005JOA0-L.jpgde cette écrivaine. Et j'ai eu envie de me lancer dans son premier opus paru en 1847, la même année que Jane Eyre et les Hauts de Hurlevent. 


Une des grandes qualités de cet ouvrage consiste dans la peinture qu'il dresse de la condition des femmes à l'époque victorienne. Comme l'auteure, l'héroïne a dû trouver un emploi de gouvernante pour aider sa famille. De cette façon, on découvre la place qu'occupaient ces employées dans les maisons, à la fois méprisées par leurs maîtres et les domestiques, et condamnées à une vie solitaire. Certaines scènes sont particulièrement frappantes telles que celle de la torture des oiseaux (largement autobiographique) et soulignent le peu de marge de manoeuvre laissée dans le processus éducatif.


Mais j'ai été beaucoup moins convaincue par ce roman que par le second ouvrage de l'écrivaine. C'est un peu comme s'il avait servi de brouillon à Anne Brontë, dans le sens où on peut y déceler les prémisses de la trame de La Recluse de Wildfeld Hall. En effet, une des élèves, Miss Murray fait un mariage malheureux avec un Lord qui se révèle très vite volage, porté sur la bouteille et la contraint à résider à la campagne, après la naissance de leur premier enfant. Or, l'échec de cette union et la position de faiblesse de la jeune épouse n'est pas sans rappeler un des ressorts de l'intrigue de la seconde oeuvre de fiction de l'auteure.

De plus, j'ai eu du mal à m'attacher au personnage principal. Je l'ai trouvée à maintes reprises trop moralisatrice, trop timorée et trop attentiste. 

La première partie m'a semblé également s'étirer en longueur. J'ai eu beaucoup de difficultés à trouver intéressant l'exposé des méthodes d'éducation, leur échec et les rebellions des enfants à la charge de Miss Grey. J'ai accéléré mon rythme de lecture au démarrage de l'idylle, bien que j'ai trouvé que ce flirt manquait de souffle.

Bref, vous l'aurez compris: Agnès Grey se révèle un livre intéressant sur la condition des femmes à l'époque victorienne mais il ne faut pas se laisser décourager par la lenteur de l'entame. 

Lu dans le cadre du challenge Au service de... , du challenge Victorien d'Arieste et du challenge les 100 livres à avoir lu au moins une fois de Bianca.

Gallimard, 2001, collection "L'imaginaire", 8,50 €

 

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Challenge Au service de... (2).jpg

17/09/2012

Une relecture moderne réussie de Persuasion

Persuading Annie

Melissa Nathan

 

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Prologue: Annie Markham, jeune femme de 19 ans, s'aperçoit qu'elle est enceinte. Elle l'annonce à son petit ami Jake Mead. Ce dernier est abasourdi mais prend vite la décision de s'enfuir avec elle à Paris. Malheureusement, notre héroïne se voit dissuader de cette entreprise par sa marraine et après s'être rendue compte de sa non grossesse, a une dispute avec Jake et rompt avec lui.

On retrouve nos protagonistes sept ans plus tard. L'entreprise Markham rencontre de graves difficultés financières. La famille doit donc se décider à réduire son train de vie et surtout, à faire appel à un consultant. Qu'elle n'est pas la surprise d'Annie quand elle découvre qu'il s'agit de Jake! Ce dernier ne se montre pas non plus ravi de la retrouver...Toujours célibataire, il entreprend la conquête d'une des relations proches de la maisonnée, sous les yeux attristés de notre héroïne.

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Comme vous le savez, j'avais adoré la relecture que Melissa Nathan avait faite d'Orgueil et préjugés dans Acting up. Aussi, je me suis très vite décidée à commander son autre roman en rapport avec l'univers de Jane Austen. Et une fois arrivé dans ma boîte aux lettres, je n'ai pas mis longtemps à l'entamer.

Dans cet ouvrage, l'auteure s'attaque à Persuasion et montre une nouvelle fois tout son talent à retranscrire l'esprit austenien sans sombrer dans l'écueil d'un trop grand mimétisme.

On retrouve les caractéristiques des personnages: le père imbu de son physique; la marraine trop envahissante; le prétendant escroc...

Les péripéties essentielles sont également conservées mais après avoir été modernisées: l'accident devient agression, le séjour à Bath se transforme en séjour à New York...

Mais me direz-vous, peut-on apprécier cette oeuvre sans avoir lu au préalable l'original?

Oui, car c'est un livre qui fait réfléchir sur la vie, le couple, la place des enfants, les hésitations sentimentales, les ruptures...Il ne peut donc vous laisser indifférent!

Les pages s'enchaînent tout naturellement. On oscille sans cesse entre le rire et les larmes...Et on  n'a qu'un regret: que cela s'arrête trop vite.

Je tiens quand même à souligner un petit point négatif: j'ai trouvé que l'action mettait du temps à démarrer...

Bref, vous l'aurez compris: si vous êtes fans de Jane Austen ou non et si vous cherchez à passer un bon moment, ce livre est parfait pour vous! Et n'hésitez pas ensuite à vous jeter sur l'oeuvre originale!

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Enfin, je tiens à vous signaler que ce billet marque ma deuxième participation au challenge challenge austenien,jane austen is my wonderland,melissa nathan,persuading annie
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 organisé par Alice

Livre en anglais, publié chez Arrow Books, 7 €