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03/03/2013

Un Oscar Wilde crépusculaire

Le Testament d'Oscar Wilde

de

Peter Ackroyd

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"Hôtel d'Alsace, Paris                                                                                                       

                                                                                                                                  9 août 1900

Ce matin, je me suis rendu une fois de plus à la petite église de Saint-Julien-le-Pauvre. Le curé, un homme charmant, est persuadé que je suis la proie d'un immense chagrin; un jour, alors que j'étais agenouillé devant l'autel, il s'est approché de moi à pas feutrés et m'a murmuré à l'oreille: "Vos prières, Monsieur, peuvent être exaucées par la grâce de Dieu". Je lui ai répondu à vois haute-je ne sais pas murmurer-que mes prières ont toujours été exaucées; que c'est justement la raison pour laquelle je viens chaque jour dans son église avec une nouvelle requête. Après cela il m'a laissé tranquille."

Paris, 1900, Oscar Wilde entame, sous forme de journal intime, le récit de sa vie. Il est installé dans la capitale française depuis trois ans.

Son inspiration s'est tarie. Il vivote dans une petite chambre parisienne, reçoit de jeunes amants, emprunte sans cesse de l'argent à ses amis...

Et surtout, il souffre de plus en plus de son oreille. Chaque matin, il se réveille, les draps recouverts de pus...

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Je n'avais jamais entendu parler de cette oeuvre avant de la voir dans la PAL de Bianca et de lui proposer d'en faire une lecture commune. J'ai toujours été fascinée par la personnalité brillante, ironique d'Oscar Wilde et je connaissais moins son existence après sa "chute".

Peter Ackroyd est un écrivain, romancier, essayiste et critique littéraire britannique. Dans ce roman, il s'est attelé à reconstituer les derniers mois de la vie d'Oscar Wilde.

Ce dernier a été libéré de prison le 19 mai 1897, après deux ans de travaux forcés pour homosexualité. Le lendemain, il embarque pour la France. A Dieppe, il rédige la Ballade de la geôle de Reading. Puis, il part pour Paris où il va passer la fin de sa vie.

Dès les premières pages, on est confrontés à un Oscar Wilde "crépusculaire", dans le sens où on se retrouve face à un homme qui a perdu tout son esprit caustique, brillant; un homme poursuivi et moqué. Un homme "dépourvu de passé".

"Depuis le jour où je me suis éloigné des portes de la geôle de Reading dans un fiacre aux rideaux baissés, j'ai découvert une liberté que je ne pouvais comprendre alors. Je suis dépourvu de passé. Mes triomphes de jadis ne comptent plus. Mon oeuvre est tombée dans l'oubli. [...] Comme l'enchanteur gisant aux pieds de Viviane, je suis "désormais étranger à la vie et n'ai plus ni usage, ni nom, ni gloire". [...] Je ne suis qu'un "reflet": le sens de ma vie n'existe plus désormais que dans l'esprit des autres"

Oscar Wilde a perdu toute inspiration. Il se révèle désormais incapable d'écrire la moindre ligne. Et il pense que ses "confessions" vont peut-être l'aider à retrouver le goût de l'écriture.

Au fil des quatre mois et demie d'entrées dans son journal, défilent ainsi les épisodes marquants de sa vie. On découvre les relations proches qu'il entretenait avec sa mère, sa scolarité à Oxford, son mariage avec Constance, ses premiers émois homosexuels, les bas-fonds londoniens, son idylle avec Bosie, ses procès...A ces épisodes du passé, s'entremêlent des tranches de vie parisienne qui nous montrent le poète moqué, las, malade...

Peter Ackroyd a eu raison de choisir le journal comme mode narratif. Il plonge ainsi plus facilement le lecteur dans les supposées pensées d'Oscar Wilde.

L'atmosphère plombée, retranscrite avec brio, m'a énormément marquée. J'ai eu beaucoup de mal à avancer cet ouvrage, tant j'avais l'impression d'être confrontée à un homme dont les masques sont tombés et qui se trouve au crépuscule de sa vie.

L'époque est très bien resuscitée. Je pense tant à celle de Londres: les fêtes, les bals, les soirées au théâtre, les bas-fonds qu'à celle de Paris et d'une certaine bohême.

Bref, vous l'aurez compris: un roman dur, triste sur la fin de l'existence d'un homme fascinant. Un roman qui m'a surtout envie de me replonger dans l'oeuvre d'Oscar Wilde, voire de me lancer dans une de ses biographies.

Editions 10/18, 1991, 245 pages, 6,50 €

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Bianca, du challenge God save the livre 2013 et du challenge Victorien.

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24/02/2013

La crique du Français

La Crique du Français

de

Daphné du Maurier

 

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"Quand le vent d'est souffle sur l'Helford, ses eaux étincelantes se troublent, s'agitent et viennent, en petites vagues, battre rageusement ses vitres sablonneuses. De courtes lames se brisent sur la barre du jusant, et les échassiers, effleurant la surface, s'appelant l'un l'autre dans leur vol, se dirigent à tire-d'aile vers les bancs de boue à l'intérieur des terres. Seules les mouettes, leur plumage gris pailleté d'embruns, tounoyent et crient encore au-dessus de l'écume, où, de temps à autre, elles plongent à la recherche de leur pâture."

Au temps de la Restauration anglaise, Lady Dona Saint Columb jouit d'une réputation scandaleuse, accompagnant son mari Sir Harry et ses amis dans des lieux de "mauvaise vie"

Lassée de la "futilité de sa vie, de ces incessants soupers, dîners, parties de cartes, de ces frasques idiotes, dignes tout au plus d'une écolière en vacances, de ce flirt stupide avec Rockingham", elle a décidé de quitter Londres pour partir s'installer seule avec ses deux enfants dans le domaine de Navron, au bord de la Manche.

Arrivée dans la propriété, elle est très surprise de la trouver à l'abandon et de la voir entretenue par un seul domestique, un dénommé William.

Mais très vite, ce dernier la rassure, remet la maison en ordre, engage d'autres serviteurs... Débute alors une nouvelle existence pour Lady Dona, rythmée par ses envies, les jeux avec ses enfants.

Malheureusement, cette tranquillité est perturbée par la visite d'un voisin, Lord Godolphin qui la met en garde contre des pirates français qui séviraient sur la côte.

Lady Dona ne veut pas prêter attention à ces rumeurs. Mais la nuit venue, ne trouvant pas le sommeil, elle assiste à un étrange manège entre William et un inconnu. Et si...?

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Daphné du Maurier est une auteure anglaise, née en 1907. Elle est issue d'une famille d'artistes et s'est lancée très jeune dans l'écriture. Son premier roman Chaînes d'amour a été publié en 1931. Il a été suivi par de nombreux succès: L'Auberge de la Jamaïque (1936), Rebecca (1938), La Crique du Français (1941), Le Général du Roi (1946)...

Quand j'étais adolescente, j'avais une prédilection particulière pour cet écrivain dont je piochais les oeuvres dans la bibliothèque de ma grand-mère. Dernièrement , en parcourant la blogosphère et en voyant tant de billets élogieux sur Rebecca, j'ai eu envie de me replonger dans ses livres. J'ai emprunté hier La Crique du français à la bibliothèque et je l'ai achevé en une matinée, confortablement installée sur mon canapé avec une bonne tasse de thé.

Pourtant, je dois avouer que j'ai failli renoncer à l'aventure au bout du premier chapitre. En effet, je n'ai pas compris son intérêt. Daphne du Maurier s'est lancée dans une description contemporaine du très beau paysage de l'Helford en y juxtaposant des moments clés de l'histoire qu'elle allait nous conter. Certes, son dessein de nous montrer comment les paysages gardaient l'empreinte de ceux qui y étaient passés était sans doute louable mais j'ai eu l'impression d'être "spoilée" sur ce que j'allais lire.

Heureusement, j'ai quand même poursuivi ma découverte de ce roman d'aventure romanesque.

L'héroïne, Lady Dona Saint Columb, est une jeune femme lassée par la vie de la cour, le luxe, la dépravation qui y règne. Dans la voiture qui l'emmène à Navron, elle nous laisse entrevoir un tableau peu engageant de la capitale londonienne au temps de la Restauration.

"elle se rappelait le théâtre bondé, la puanteur du parfum sur les corps échauffés, les rires niais, le bruit, la loge royale, le Roi, son entourage..."

Elle ne veut plus tenir le rôle "indigne" qu'elle jouait dans cette société. "N'avait-elle pas, cédant aux exigences de son entourage, consenti à être cette créature superficielle, ravissante, qui, rieuse, acceptait avec un haussement d'épaules, adulations et louanges, comme un tribut naturel à sa beauté, insouciante, indolente, volontaire, indifférente, tandis qu'une autre Dona, étrange, semblable à un fantôme, l'épiait du fond d'un sombre miroir et avait honte?"

Tout au long du récit, on assiste donc à la transformation de cette femme. Une transformation dûe à un mode de vie plus simple, plus en accord avec ses envies mais surtout, comme vous vous en doutez, à une belle rencontre...

Dès qu'on entend William, le nouveau valet, parler de son ancien maître, on pressent que Lady Dona ne va pas tarder à faire sa connaissance.

Comme dant tout roman d'aventures romanesques, cette première entrevue prend un tour surprenant.

Jean-Benoît Aubéry a choisi l'état de pirate par goût de l'aventure. Et il va faire un très beau cadeau à Lady Donna: lui permettre de vivre elle-aussi l'aventure, de sentir la brume maritime sur elle, de connaître le danger, d'échapper à sa condition de femme...le temps d'une parenthèse.

Cette escapade va se révéler très dangereuse pour nos deux héros. S'ensuivent d'ailleurs des scènes à la tension très maîtrisée (je pense notamment à celle du dîner avec les notables ou celle de la poursuite dans l'escalier)

C'est justement là que se révèle le talent de Daphne du Maurier: donner vie à certaines scènes, nous faire ressentir tantôt l'enthousiasme, tantôt la peur et la nervosité...

Elle fait preuve également d'une grande ironie dans sa description des nobles et des notables du coin. La scène du dîner constitue à cet égard un vrai morceau de bravoure. Tout comme le décalage entre la découverte du mode de vie des pirates français et les racontars qui circulent sur eux.

De plus, elle livre de très belles pages sur la mer, un des thèmes récurrents de son oeuvre.

J'évoquerai juste un petit bémol: certains éléments de l'intrigue sont par trop prévisibles, surtout si vous avez lu le premier chapitre.

Bref, vous l'avez compris: si vous cherchez un roman d'aventures, romanesque, plein de rebondissements et c'est vrai un brin désuet pour passer un agréable moment, ce livre est parfait. Il a confirmé mon envie de prolonger ma redécouverte de l'oeuvre de cette auteure.

Le Livre de Poche, 2000 (anciennement paru sous le titre L'Aventure vient de la mer), 282 pages, 4,60 €

Lu dans le cadre du challenge God save the livre 2013.

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20/02/2013

Le Journal du Colonel Brandon

Le Journal du Colonel Brandon

de

Amanda Grange

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"1778

J'ai cru que les vacances n'arriveraient jamais, me voici enfin en route vers la maison.

-N'oubliez pas que vous êtes invité chez nous en août! m'a crié Leyton en montant en voiture

-Je m'en souviendrai"

James Brandon, 18 ans, jeune étudiant à Oxford, revient pour les vacances d'été à Delaford, la maison familiale. Il a hâte de retrouver Eliza, la pupille de son père qu'il a toujours aimé "aussi loin qu'[il] se souvienne"

Emportés par la joie des retrouvailles, James et Eliza se fiancent en secret. Mais le père du jeune homme nourrit d'autres projets. Il contraint ainsi Eliza à épouser son fils aîné, l'héritier de Delaford, un noceur alcoolique.

Le coeur brisé, James s'engage dans l'armée et part aux Indes pendant de longues années.

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Auteure anglaise, Amanda Grange s'intéresse depuis l'adolescence aux oeuvres de Jane Austen et de Georgette Heyer. Cette passion pour l'univers austenien l'a notamment conduite à imaginer les journaux intimes des héros de la grande écrivaine. J'en ai déjà lu deux dont je vous ai précedemment parlé: celui de Mr Darcy (paru en novembre 2012 chez Milady dans la collection Pemberley) et celui de Mr Knightley (qui sera prochainement publié en France par le même éditeur). Ces romans m'avaient fait passer un très agréable moment de lecture. Aussi, lorsque j'ai vu celui-ci en librairie, je n'ai pas hésité longtemps à l'acheter ni à l'entamer.

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Cette fois-ci, l'écrivain nous dépeint le destin du colonel Brandon. Ce qui m'a immédiatement plu, c'est le temps qu'elle consacre au passé de ce héros (un peu plus d'un tiers du volume). Alors que dans Raisons et sentiments, nous apprenions par bribes et sans vraiment s'appesantir les drames de sa jeunesse, ici, nous pouvons mieux comprendre ce qui a poussé le colonel à devenir ce personnage morose qui ne séduit pas d'emblée.

Je me suis immédiatement attachée à ce jeune adolescent follement épris de son amie d'enfance et qui aspire à l'épouser (il m'a fait penser à Marianne Dashwood au moment de sa rencontre avec Willoughby). Malheureusement, son père en a décidé autrement. James Brandon tente de s'opposer et de prendre la fuite avec sa dulcinée. Mais une servante les dénonce. James est envoyé chez sa grand-tante et Eliza contrainte de se marier.

Ce drame amoureux est très bien traité par Amanda Grange et permet de comprendre le comportement futur du colonel. Il illustre également à merveille une des réalités sociales de l'Angleterre de cette époque: la majorité des unions se fondent sur des intérêts financiers.

L'idée de faire rejoindre l'armée au protagoniste principal et de l'envoyer aux Indes m'a semblée bonne. Ainsi, nous en apprenons un peu plus sur les conditions de vie des soldats...

Les années passent et le colonel retrouve sa dulcinée, que la vie n'a pas épargnée. Pour ceux qui ne connaîtraient pas l'oeuvre originale, je n'en dirai pas plus de peur de gâcher votre plaisir. Mais cet épisode et ses conséquences donne une nouvelle fois l'occasion de mieux saisir les contraintes sociales de l'époque.

Puis, nous arrivons à 1796, une année où le colonel Brandon du haut de ses 36 ans fait figure d'homme d'âge mûr qui devrait se marier et avoir un héritier. Mais surtout  une année où il va faire la connaissance de la famille Dashwood.

C'est donc à ce moment-là que le journal rejoint l'histoire développée dans le roman de Jane Austen. Comme dans les autres journaux intimes, l'auteure entremêle habilement les scènes et répliques du texte primitif et celles qu'elle imagine.

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De plus, certains épisodes clés sont redécouverts par les yeux du colonel Brandon et s'en trouvent parfois enrichis. Je fais notamment référence à la soirée où Marianne joue pour la première fois du piano, à celle du pique-nique, à celle du bal londonien où la jeune femme revoit Willoughby...

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J'ai également beaucoup apprécié de voir plus explorée la complicité entre notre héros et Miss Dashwood.

Certains personnages sont resssortis aussi grandis de ce roman. Je pense à Mrs Jennings, souvent vue comme une commère et qui se révèle plus profonde.

Ce qui m'a frappé aussi dans ce journal intime, c'est l'amélioration de la qualité de l'écriture. Je ne sais pas si Amanda Grange a changé de style ou si cette transformation est dûe à la traduction. Mais j'ai trouvé les tournures, les expressions...plus en accord avec l'époque.

Bref, vous l'aurez compris: ce journal m'a beaucoup plu. Le fait qu'il soit étendu sur une aussi longue période (20 ans) nous donne la possibilité de mieux suivre l'évolution de ce héros. Si vous voulez voir sous un autre jour ce personnage, n'hésitez donc pas à vous plonger dans ce livre.

Milady, 2013, collection Pemberley, 380 pages

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Lu dans le cadre du challenge austenien et du challenge God save the livre 2013. journal du colonel brandon,amanda grange,milady,collection pemberley,littérature para austenienne,journal intime d'un héros de jane austen,roman sous forme de journal intime