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25/06/2015

La Fille du train de Paula Hawkins

La Fille du train

de

Paula Hawkins

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"Elle est enterrée sous un bouleau argenté, en bas, près de l'ancienne voie ferrée, sa tombe indiquée par un cairn. Ce n'est guère plus qu'une pile de cailloux, au fond. Je ne voulais pas attirer l'attention sur sa dernière demeure, mais je ne pouvais pas la laisser disparaître. Ici, elle dormira en paix, personne ne viendra la déranger, rien que le chant des oiseaux et le grondement des trains qui passent."

Chaque jour, Rachel prend le train à 8h04 et à 17h56. Chaque jour, elle est assise à la même place et chaque jour, elle observe lors d'un arrêt une jolie maison. Elle aime imaginer le quotidien de ses deux locataires, un couple de jeunes trentenaires qu'elle a baptisé Jess et Jason.

Un matin, elle s'aperçoit que la femme, profitant de l'absence de son conjoint a invité un inconnu, vraisemblablement son amant.

Cette découverte la plonge dans un marasme d'émotions. Et lui rappelle de mauvais souvenirs. En effet, elle a aussi été victime de tromperie.

Puis, un soir, au journal télévisé, elle apprend la disparition de Jess alias Megan Hart.

Elle décide alors de mener sa propre enquête, au risque de convoquer ses vieux démons...

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J'avais entendu beaucoup de bien de ce polar anglais depuis sa sortie. Aussi, quand je l'ai vu passer à la médiathèque où je travaille, j'ai eu envie de m'y plonger.

Dès le début, le mystère est instauré, avec cette évocation par un meurtrier (femme ou homme, rien ne le dit) d'une tombe.

Ensuite, une voix retentit. Celle de Rachel. La fille du train. Depuis quatre ans, la vie de cette héroïne s'est transformée en un véritable enfer. Alcoolique, elle a perdu son mari et son travail. Elle vit sur son épargne mais part tous les matins à Londres pour faire croire à sa colocataire que tout se passe bien.

Un de ses plaisirs pendant ses trajets: regarder les maisons et rêver l'existence des habitants.

"Deux fois par jour, je bénéficie d'une fenêtre sur d'autres vies, l'espace d'un instant. Il y a quelque chose de réconfortant à imaginer la vie des inconnus, à l'abri chez eux. "

Elle adore notamment broder des histoires autour d'un couple: Jess et Jason. Un couple qu'elle définit comme modèle. Jusqu'au jour où le voile des apparences se déchire et où elle devine la liaison de Jess.

Et si ce passe-temps a priori anodin devenait une obsession? Et si Rachel décidait d'entrer dans le quotidien de ces époux?

Cela pourrait prendre une tout autre ampleur. Surtout que notre héroïne boit beaucoup et peut se montrer violente et souffrir d'amnésie.

A cette voix s'entremêle une autre: celle de Jess/Megan. Une trentenaire également paumée et qui n'aime pas au fond son existence de banlieusarde au foyer. Pour tromper son ennui, elle recourt à différents moyens: aller chez un psy ou prendre un amant.

De même, une autre voix se fait entendre: celle d'Anna qui a remplacé Rachel auprès de son mari. Au fil des pages, on suit son train-train, entre son bébé, son époux et ses crises de méfiance/peur vis-à-vis de Rachel l'envahissante.

Trois journaux intimes pour trois protagonistes féminins. Que le train, puis la mort vont d'une certaine façon réunir.

Cette structure narrative chorale m'a fortement plu. Chaque récit éclaire le puzzle d'un regard différent. Et nous permet de ne jamais nous ennuyer.

Un des autres atouts de cet ouvrage réside dans l'élaboration des personnages. Souvent, je regrette que, dans les romans policiers, les caractères soient empreints de trop de manichéisme.

Là, il n'en est aucunement question. Tous ne sont pas faits d'un bloc. Au contraire, ils présentent des aspects à la fois attachants et glauques.

Les pages se tournent toutes seules, on est happés par cette atmosphère trouble, par ces voyages incessants en train.

Train pour aller de Londres à la banlieue, train aussi pour retrouver le fil de sa vie ou celui de la mémoire.

Car, aux blancs des récits se superposent ceux de l'esprit de Rachel. Qui a oublié bien des événements de la soirée de la disparition de Megan.

On se doute bien que si des éléments lui reviennent, le mystère va se dissiper. La tension monte...Jusqu'à un dénouement que, malheureusement, j'avais quelque peu anticipé.

Bref, vous l'aurez compris: la Fille du train constitue un polar réussi et efficace. Alors, laissez vous embarquer dans le wagon de Rachel, Megan et Anna.

Sonatine, 2015, 378 pages

Billet dans le cadre du mois anglais de Titine, Lou et Cryssilda.

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23/06/2015

Temps glaciaires de Fred Vargas

Temps glaciaires

de

Fred Vargas

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"Plus que vingt mètres, vingt mètres à parcourir avant d'atteindre la boîte aux lettres, c'était plus difficile que prévu. C'est ridicule, se dit-elle, il n'existe pas de petits mètres ou de grands mètres. Il y a des mètres et voilà tout. Il est curieux qu'aux portes de la mort, et depuis cette place éminente, on persiste à songer à de futiles âneries, alors qu'on suppose qu'on énoncera quelque formule d'importance, qui s'inscrira au fer rouge dans les annales de la sagesse de l'humanité. Formule qui sera colportée ensuite, de-ci, de-là: "Savez-vous quelles furent les dernières paroles d'Alice Gauthier?"

Alors qu'elle est atteinte d'un cancer en phase terminale, Alice Gauthier tient absolument à poster une lettre. Mais une chute l'en empêche et le courrier n'aurait jamais été expédié, si une bonne âme n'avait décidé de le mettre à la Poste.

Quelques jours plus tard, Alice est retrouvée les veines ouvertes dans sa baignoire. Apparemment, tout laisse croire à un suicide. Cependant, le commissaire en charge de l'enquête n'est pas convaincu et il appelle à la rescousse Adamsberg et Danglard.

De fil en aiguille, voilà nos deux enquêteurs lancés sur une piste islandaise...

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Depuis l'ouverture de ce blog il y a trois ans, je n'ai pas encore eu l'occasion de vous parler de ma profonde affection pour les romans policiers de Fred Vargas. Je les ai tous lus. A chaque fois, je suis tombée sous le charme d'Adamsberg et j'ai adoré l'atmosphère. Aussi, j'attendais avec impatience mes retrouvailles avec la plume de cet auteur si atypique.

Et, dès les premières pages, on retrouve sa patte. Elle nous lance encore dans une enquête alambiquée dont elle a le secret.

Imaginez un peu: alors qu'une femme vient vraisemblablement d'abréger ses souffrances, un policier doute en raison d'un signe un peu particulier déniché près du corps. Très vite, le commissaire Adamsberg y voit une guillotine un peu effacée.

De connexion en connexion, nous voilà partis sur les traces d'un tueur islandais dix ans plus tôt.

Nous voilà également assis sur les bancs d'une assemblée robespierriste.

Car ces deux pistes, a priori complètement disjointes, semblent avoir plus de points communs qu'on ne peut le croire de prime abord. Comment, me direz-vous?

C'est là que réside toute la magie de Fred Vargas: nous enfermer dans un épais brouillard et ne le dissiper que petit à petit.

Cette investigation pas comme les autres nous permet donc d'en apprendre plus sur les superstitions islandaises et sur l'Incorruptible.

J'ai jugé toute cette partie sur les fanatiques de la Révolution française passionnante. Non seulement j'ai découvert de nombreux faits historiques mais j'ai également pu apprécier tout le ressort psychologique à l’œuvre dans cette assemblée.

De même, j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à retrouver tous les personnages pittoresques qui peuplent le commissariat d'Adamsberg et à faire la rencontre de nouveaux protagonistes tout aussi cocasses. Une fois de plus, l'auteur démontre son talent à créer des héros qu'on ne voit nulle part ailleurs.

Néanmoins, je dois reconnaître que Temps glaciaires ne fait pas partie des meilleurs crus. On peut sans doute lui reprocher son intrigue trop alambiquée et le fait que certaines des relations ne peuvent se comprendre sans avoir parcouru les précédents titres.

Bref, vous l'aurez compris: c'est toujours un bonheur de me plonger dans l'univers de cet écrivain mais, selon moi, ce roman s'adresse surtout aux fans.

Flammarion, 2015, 489 pages

Billet dans le cadre du Challenge Un pavé par mois de Bianca

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16/06/2015

Nous les menteurs de E. Lockhart

Nous les menteurs

de

E. Lockhart

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"Bienvenue dans la splendide famille Sinclair.

Chez nous, il n'y a pas de criminels.

Pas de drogués.

Pas de ratés.

Les Sinclair sont sportifs, beaux, sveltes. Nous sommes une vieille fortune. Nos sourires sont étincelants, nos mentons carrés, nos services de fond de court agressifs.

Qu'importe si les divorces nous lacèrent le cœur au point que notre pouls se débat. Qu'importe si les comptes fiduciaires se réduisent comme peaux de chagrin; si les relevés de cartes de crédit impayés traînent sur la table de la cuisine. Qu'importe si les flacons de cachets s'amassent sur la table de nuit."

Il était une fois un Roi, ses trois filles et ses sept petits enfants.

Tout ce beau monde semblait avoir reçu au berceau les plus grands dons: beauté, fortune, intelligence...

Tout ce beau monde se retrouvait sur leur île privée chaque été.

Parmi ces élus, on distinguait un groupe en particulier:Johnny, Mirren, Gat et Cadence, la narratrice alias les Menteurs.

Pendant deux mois, l'île résonnait de leurs éclats de rire et frémissait devant leurs 400 coups.

Jusqu'au jour où le destin implacable a frappé ce royaume.

En effet, Cadence a été retrouvée, amnésique, sur la plage.

Depuis, le conte de fées a viré au cauchemar. Et, pendant deux longues années, elle a été bannie du domaine des Sinclair.

Par autorisation spéciale du Roi, elle a été finalement réintroduite à la Cour.

Ne lui restait qu'à prouver qu'elle méritait bien cette grâce.

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Lorsque j'ai commencé à travailler au secteur jeunesse de ma médiathèque, on m'a fortement conseillé les ouvrages d'E. Lockhart. Et, je dois reconnaître que j'ai passé des heures délicieuses, plongée dans La fabuleuse histoire de la mouche coincée dans le vestiaire des garçons ou le Journal d'une allumeuse.

Aussi, quand ce nouveau titre est paru et a reçu un accueil très favorable sur de nombreux blogs et dans la presse, j'étais plus qu'enthousiaste à le découvrir.

Malheureusement, cette lecture a représenté le premier vrai flop de mon mois.

Certes, je lui ai trouvé des qualités stylistiques indéniables. L'auteur entremêle habilement plusieurs schémas narratifs et plusieurs époques. S'intercalent ainsi des comptes-rendus des années passées sur l'île et des contes/paraboles dont la morale s'éclaire par la suite.

De même, j'ai pas mal adhéré au concept de famille maudite. Avec ces Sinclair, on a l'impression d'assister à une descente aux enfers, digne de celle qui frappe, dans la mythologie grecque, les foyers et descendances d'Oedipe ou d'Agamemnon. Victime de leur "ubris", ils se condamnent à la décadence.

Cependant, malgré cet aspect"roman à tiroirs" et cette tonalité hautement dramatique, je suis passée à côté de cet ouvrage.

Peut-être parce que justement, je suis trop familière de ce procédé d'intrigue et que je n'ai pas été surprise par les retournements de situation

Peut-être parce que, dès les premières pages, j'avais compris le mystère autour de cet été particulier et de l'amnésie de la narratrice (alors que tout, à l'instar d'un roman policier, ne doit être révélé que dans les ultimes lignes)

Peut-être parce que je n'ai pas ressenti d'empathie ou d'intérêt pour cette héroïne

Peut-être parce qu'en reprenant de nombreux codes ou en multipliant les références (par exemple, les tragédies grecques ou Roméo et Juliette), E. Lockart m'a perdue en chemin

Peut-être parce que, même si les chapitres s'enchaînent très rapidement, j'ai laissé parfois mon imagination vagabonder, bien loin des péripéties décrites

Peut-être parce que je n'ai pas compris les motivations derrière cette tragédie et que je n'aime pas rester dans le flou

Peut-être parce que certaines scènes d'explication entre les Menteurs frisent la caricature

Peut-être parce que tout a déjà été dit autour de ce genre de sujet et que je ne considère pas que la voix d'E. Lockhart amène quelque chose de neuf

Peut-être parce que...

Bref, vous l'aurez compris: ce livre  a représenté une vraie déception pour moi.

Gallimard Jeunesse, 2015, 272 pages