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02/12/2012

Vingt-quatre heures d'une femme sensible

Vingt-quatre heures d'une femme sensible

de

Constance de Salm

 

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"Lettre première

Mercredi, à une heure du matin

Mon amour, mon ange, ma vie, tout est trouble et confusion dans mon âme! Depuis une heure entière, j'attends, j'espère. Je ne puis me persuader que tu ne sois pas venu, que tu n'aies pas écrit au moins quelques lignes, après cette fatale soirée. Il est une heure....peut-être es-tu encore chez cette femme!..Quelle nuit je vais passer! Ah! mon Dieu! je n'ai pas une pensée qui ne soit une douleur"

Dans la nuit, une femme se lance dans une lettre à son amant qu'elle vient de voir partir au bras d'une rivale, la trop belle Mme de B***. Puis, assaillie par mille émotions contradictoires, elle en entame une autre...Et encore une autre...Jusqu'à en rédiger quarante-six en vingt-quatre heures...

 

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J'avais beaucoup aimé Mrs Dalloway de Virginia Woolf et Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig, notamment en raison de l'unité de temps (une journée). Aussi, j'ai été immédiatement attirée par le titre de ce livre.

Constance de Salm est une poétesse française née en 1767. Elle a défendu ardemment la cause féminine et tenu un brillant salon littéraire où se sont côtoyés Alexandre Dumas, Stendhal...

En 1824, est paru son unique roman Vingt-quatre heures d'une femme sensible. Elle l'a écrit "en [s']imposant la loi de n'y pas dire un mot qui ne fût pas dicté par le sentiment ou la passion; en faisant éprouver, dans le court espace de vingt-quatre heures, à une femme vive et sensible, tout ce que l'amour peut inspirer d'ivresse, de trouble, de jalousie"

La narratrice, qui se reconnaît dotée d'une jalousie extrême, va tenter de comprendre les raisons du silence et du départ soudain de l'homme qu'elle aime. Elle va perdre ainsi toute dignité pour trouver des réponses à ses questions (soudoyer les domestiques..)

Le format épistolaire adopté par l'auteure me semble parfait pour restituer les différentes émotions qui traversent cette femme fortement éprise et en proie au doute. Chaque missive aux accents tragiques souligne la tension de plus en plus palpable.

L'absence de réponse de l'objet amoureux permet au lecteur de rester dans l'obsession de l'héroïne. A chaque page, on espère, comme elle, trouver un billet de sa main.

"Reviens à moi, mon amour, mon ange, mon seul bien ! Reviens, je t'en conjure. Cette femme t'a séduit, je le vois; tu n'auras pu résister"

On tourne les pages jusqu'au dénouement final. J'avoue avoir été surprise par celui-ci. Puis, j'ai compris en lisant la postface que Constance de Salm l'avait voulu ainsi afin de donner une leçon morale.

J'ai trouvé la prose très élégante. Mais je n'ai pas réussi à complètement compatir avec le personnage principal. Sans doute parce que j'ai pensé que parfois, elle allait trop loin à partir d'indices trop minces.

Bref, vous l'aurez compris: un court roman épistolaire intéressant autour de la passion et de ses ravages qui a sans doute influencé de nombreux auteurs tels Stefan Zweig. Mais, même si je l'ai lu d'une traite, je reste sur un sentiment de légère frustration.

Editions Phébus, 2007, 189 pages

Ma note: 15/20

 

 

 

 


22/10/2012

L'Agence de Lorraine Fouchet: un changement de vie réussi

 

L'Agence

de

Lorraine Fouchet

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"Juliette entra sans frapper dans le bureau de Loïc, son rédacteur en chef. Elle adorait cette vaste pièce entourée de bibliothèques de bois blond remplies de livres"

Juliette, une jeune trentenaire, arrive à cumuler à grand peine sa carrière d'assistante de rédaction et de mère de famille. Elle doit s'occuper, en effet, de son fils de 10 ans, Aurélien, récemment diagnostiqué diabétique et de sa soeur Alice, âgée de 15 ans, à sa charge depuis la mort de leurs parents.

Elle revoit Sarah, son ancienne correspondante anglaise, venue s'installer récemment dans le Gers avec son mari, non loin de l'ancienne maison de la grand-mère de Juliette où elles passaient leurs vacances adolescentes. Son amie tente de la convaincre de quitter la capitale et de venir la rejoindre.

Et un jour, après avoir été virée de son job, notre héroïne décide de se lancer. Elle achète une ancienne école et fonde avec Sarah l'agence Changer tout.

"Notre agence s'adresse à tout le monde: les jeunes en début de carrière, les salariés qui désirent rebondir après cinquante ans, bref, tous ceux qui veulent aller au bout de leur rêve! Nous proposons à nos clients de les aider dans toutes leurs démarches, de leur dénicher leur travail et la maison idéale, de leur faire découvrir la région et ses trésors cachés, d'organiser de A à Z leur changement d'existence"

Malheureusement, l'arrivée de cette "étrangère" et de sa famille n'est pas du goût de tous les autochtones...

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Lorraine Fouchet est devenue médecin, conformément aux voeux de son père Christian Fouchet, ancien ministre du général de Gaulle (elle tient d'ailleurs son nom de la croix de Lorraine) et décédé d'un infarctus quand elle avait 17 ans.

Puis, un jour à 40 ans, elle a entendu à la radio la même phrase que son héroïne Juliette "On naît, on meurt, on rencontre l'amour ou on décide de changer de vie en une seconde". Et elle a décidé d'aller au bout de ses rêves et de devenir écrivain et scénariste.

Je n'avais jamais entendu parler d'elle avant de voir une critique de ce roman sur le blog Les Vacances de Léontine. La semaine dernière, j'ai trouvé l'ouvrage dans ma bibliothèque de quartier et je me suis lancée.

Je dois reconnaître que j'ai beaucoup aimé sa thématique principale: l'idée qu'il n'est jamais trop tard pour changer de vie et qu'il faut avoir le courage de parfois tout recommencer pour atteindre le bonheur. C'est quelque chose vers lequel on devrait tous tendre mais il est facile de l'oublier, un peu Juliette quand on est englués dans le quotidien. Et ce roman a l'art de nous remettre face à cette réalité.

Le style de Lorraine Fouchet est assez simple mais j'ai apprécié les multiples références qu'elle fait, notamment à la littérature jeunesse.

 " Tu t'appelles Pome, c'est plutôt toi qui es verte" (j'adore la série de Marie Desplechin)

Elle a l'art de crééer des personnages attachants, même si certains m'ont paru un peu caricaturaux (le maire méchant jusqu'au bout, la campagnarde métamorphe...). 

De même, l'intrigue se révèle sans doute trop touffue. Beaucoup d'événements surviennent, beaucoup de problèmes surgissent mais à chaque fois, tout se résoud facilement. J'ai eu beaucoup de mal à imaginer qu'il en serait de même dans la vie réelle. En revanche, les rapports entre les Gascons et la Parisienne m'ont bien fait sourire au début et je crois qu'ils reflètent pas mal ce qui pourrait advenir.

Bref, vous l'aurez compris: une lecture divertissante qui a le mérite de faire réfléchir sur les changements de vie qui parfois s'imposent car comme le rappelle l'exergue "la vie est trop courte pour être petite" (Christian Fouchet). 

Robert Laffont, collection "Best-sellers", 2003, 18 €

 

 


 

05/09/2012

Du vent dans mes mollets de Raphaële Moussafir

Du vent dans mes mollets

Raphaële Moussafir

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"Comme ça fait une semaine que j'ai des mauvaises notes, mal à la tête et que je dors tout habillée avec mon cartable et mes affaires de gym pour ne pas être en retard à l'école, maman m'a proposé d'aller voir Madame Trebla, une dame qui parle avec les enfants et qui après quelques dessins, arrive à les convaincre de se mettre en pyjama le soir, d'enlever leur cartable et leurs chaussures avant de se coucher à l'intérieur de leurs couvertures".

Ainsi débute le récit de Rachel Gladstein qui, du haut de ses neuf ans, nous raconte avec un ton à la fois drôle et lucide les événements de sa vie. On assiste ainsi à ses séances avec la fameuse Madame Trebla, ses canulars téléphoniques à Mme Courtecuisses, ses jeux avec son amie Hortense, son abonnement au club Barbie, ses relations avec sa Maman, les humiliations que lui inflige son institutrice...

 

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Cela faisait quelque temps que j'avais remarqué ce court ouvrage (111 pages). Puis, la sortie récente du film avec Agnès Jaoui, Isabelle Carré et Denis Podalydès a agi comme un déclic.

Je me suis donc plongée aujourd'hui dans les aventures de cette petite fille pas ordinaire et je n'adu vent dans mes mollets,raphaële moussafir,j'ai lu,enfanti pu reposer le livre qu'une fois achevé. 

C'est le genre de roman qui ne peut pas laisser indifférent. Grâce à lui, on ressent toute une palette d'émotions. On passe du rire aux larmes, de l'étonnement à l'abattement...Et le tout avec légèreté. 

La plume de l'auteure y est sans doute pour beaucoup. En effet, elle n'a pas recherché les effets de style. Au contraire, le langage très oral sonne juste. On a réellement l'impression d'entendre la voix d'une petite fille de neuf ans mais d'une petite fille de neuf ans dotée déjà d'un certain discernement. Et il convient de le souligner car généralement, tous les créateurs n'arrivent pas à relever le défi de faire parler un enfant comme un enfant. Chapeau bas donc à cette écrivaine!

Je ne peux résister au plaisir de vous livrer quelques citations:

"J'ai remarqué que quand on est triste ou qu'il y'a une mauvaise nouvelle, la vie autour ne change pas. Comme le jour où mamie est morte, j'étais dehors, il y'avait du vent, et quand on m'a dit que mamie était morte, il a quand même continué à y'avoir du vent dans mes mollets. Quand on est triste, les objets ne sont pas tristes, ils font comme si de rien n'était, et ça, ça me rend encore plus triste"

"Et moi, je sais très bien qu'un physique spirituel, c'est un physique qui a plus d'esprit que de beauté et que si j'avais eu un physique plus beau que spirituel, on n'aurait pas été deux à mon goûter d'anniv"

Bref, vous l'aurez compris: un livre émouvant que je vous recommande vivement! Seul bémol: son peu de pages. J'aurais aimé accompagner plus longtemps Rachel.

Ce billet marque ma seconde participation au challenge Cent pages organisé par La Part manquante, le blog de TyJecyka.du vent dans mes mollets,raphaële moussafir,j'ai lu,enfant

J'ai lu, 2012

4,20 €