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09/12/2012

Une plongée au milieu du 18ème siècle

Le Testament d'Olympe

de

Chantal Thomas

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"George Siméon Sandrac, mon père, était un saint. Il avait montré dès sa petite enfance une piété qui faisait l'admiration de sa famille et l'espoir du curé de sa paroisse. Et si, ayant atteint l'âge où il devait se décider entre une vie dans le siècle et la retraite ecclésiastique, il choisit la première, ce ne fut pas séduit par de vains prestiges mais dans la conviction que l'amour pour une femme aussi vertueuse que l'était ma mère ne pouvait l'écarter de la volonté divine."

Bordeaux, milieu du 18ème siècle, Apolline entreprend de raconter son histoire. Benjamine de quatre soeurs, elle a grandi dans une famille de la bourgeoisie catholique pauvre. Fascinée par Ursule, sa soeur aînée, elle ne s'est jamais complètement remise de sa fugue quand elle avait dix ans. Aussi, lorsque devenue adulte, on vient la chercher de sa part, elle n'hésite pas une seule seconde. Et elle arrive pour la veiller sur son lit de mort.

Sa soeur, rebaptisée Olympe, lui laisse un testament dans lequel elle parle de son destin tragique.

"J'ai connu des prisons dorées, je peux le dire. Des cages hors du commun. La chambre où j'essaie de guérir aujourd'hui, en tout cas où je refuse de finir, n'a rien de doré. Elle est aussi sinistre que le type qui m'en fait profiter"

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Chantal Thomas est une universitaire française spécialisée dans le 18ème siècle. Les Adieux à la reine, son premier roman autour de la lectrice de la reine Marie-Antoinette et situé juste après la prise de la Bastille, a obtenu le Prix Femina en 2002. J'avais eu l'occasion de le découvrir à cette époque et je l'avais adoré.

Aussi, quand j'ai vu dans la PAL de Bianca Le Testament d'Olympe, je lui ai immédiatement proposé d'en faire une lecture commune. Et j'ai été vraiment ravie qu'elle accepte!

Ce roman s'articule en deux parties distinctes, deux récits à la première personne: celui d'Apolline et celui d'Ursule/Olympe. Deux images de la condition féminine au siècle des Lumières.

Elles appartiennent toutes deux à la bourgeoisie catholique bordelaise. Héritier d'une fabrique de filets de pêche florissante, leur père a préfèré regarder cette entreprise périciliter plutôt que se mettre au travail "malédiction originelle, penchant ignoble, péché d'orgueil et de désespoir". Les deux filles ont donc grandi dans la misère.

Apolline a accepté cette destinée et à 10 ans, s'est vue envoyer dans un couvent. Puis, ne voulant pas prendre le voile, elle a cherché un emploi.

Tout le contraire de sa soeur aînée Ursule. Cette dernière n'a pas supporté de passer son tour de robe de bal (en effet, avec d'autres jeunes filles pauvres, elles se prêtaient les même atours) et un jour, n'est jamais rentrée. Recueillie par un domestique du duc de Richelieu, elle est très vite remarquée par ce libertin notoire. Il l'emmène même avec lui à Paris mais contrairement aux autres femmes, ne la touche jamais. Il a d'autres plans en tête...

En effet, ce grand personnage est un des fournisseurs officiels des jeunes maîtresses du roi Louis XV. C'est ainsi qu'Olympe se retrouve emmenée au Parc-aux-Cerfs. J'avais déjà eu l'occasion de découvrir ce lieu de plaisir royal dans Casanova et la femme sans visage. Mais j'ai trouvé l'analyse de la personnalité du monarque et de sa lutte contre la solitude et l'ennui très intéressante et surtout très effrayante. Je n'en dirai pas plus de peur de trop en révéler.

Cet ouvrage m'a paru désésquilibré. J'ai beaucoup accroché au second récit. Mais je n'ai pas perçu l'intérêt de la première histoire, si ce n'est pour sa peinture de la misère et du dénuement de l'époque. J'avais une seule hâte: comprendre ce qui avait pu arriver à la fugueuse tant aimée. D'ailleurs, cela s'est nettement ressenti dans mon mode de lecture: autant j'ai avancé lentement les premières pages, autant j'ai dévoré les dernières.

En revanche, le style de Chantal Thomas est toujours aussi parfait. D'emblée, par le choix de ses tournures de phrase et des expressions, elle nous plonge dans la moitié du 18ème siècle.

Elle parvient parfaitement à restituer l'ambiance de cette période cruelle et libertine et à nous faire revivre l'Histoire. Elle entremêle avec brio personnes réelles et personnages de fiction. Certains des protagonistes se démarquent, tel bien entendu Louis XV dont j'ai de plus en plus envie de lire une biographie, le duc de Richelieu et Ursule/Olympe, symbole de toutes les maîtresses éphémères et au destin tragique du Parc-aux-Cerfs.

Bref, vous l'aurez compris: un roman historique érudit et passionnant dans sa seconde partie que je recommande à tous ceux qui veulent se retrouver immergés dans le 18ème siècle.

Voici le bel avis de Bianca sur ce livre.

Points, 2011, 278 pages, 7,10 €

 


02/12/2012

Vingt-quatre heures d'une femme sensible

Vingt-quatre heures d'une femme sensible

de

Constance de Salm

 

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"Lettre première

Mercredi, à une heure du matin

Mon amour, mon ange, ma vie, tout est trouble et confusion dans mon âme! Depuis une heure entière, j'attends, j'espère. Je ne puis me persuader que tu ne sois pas venu, que tu n'aies pas écrit au moins quelques lignes, après cette fatale soirée. Il est une heure....peut-être es-tu encore chez cette femme!..Quelle nuit je vais passer! Ah! mon Dieu! je n'ai pas une pensée qui ne soit une douleur"

Dans la nuit, une femme se lance dans une lettre à son amant qu'elle vient de voir partir au bras d'une rivale, la trop belle Mme de B***. Puis, assaillie par mille émotions contradictoires, elle en entame une autre...Et encore une autre...Jusqu'à en rédiger quarante-six en vingt-quatre heures...

 

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J'avais beaucoup aimé Mrs Dalloway de Virginia Woolf et Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig, notamment en raison de l'unité de temps (une journée). Aussi, j'ai été immédiatement attirée par le titre de ce livre.

Constance de Salm est une poétesse française née en 1767. Elle a défendu ardemment la cause féminine et tenu un brillant salon littéraire où se sont côtoyés Alexandre Dumas, Stendhal...

En 1824, est paru son unique roman Vingt-quatre heures d'une femme sensible. Elle l'a écrit "en [s']imposant la loi de n'y pas dire un mot qui ne fût pas dicté par le sentiment ou la passion; en faisant éprouver, dans le court espace de vingt-quatre heures, à une femme vive et sensible, tout ce que l'amour peut inspirer d'ivresse, de trouble, de jalousie"

La narratrice, qui se reconnaît dotée d'une jalousie extrême, va tenter de comprendre les raisons du silence et du départ soudain de l'homme qu'elle aime. Elle va perdre ainsi toute dignité pour trouver des réponses à ses questions (soudoyer les domestiques..)

Le format épistolaire adopté par l'auteure me semble parfait pour restituer les différentes émotions qui traversent cette femme fortement éprise et en proie au doute. Chaque missive aux accents tragiques souligne la tension de plus en plus palpable.

L'absence de réponse de l'objet amoureux permet au lecteur de rester dans l'obsession de l'héroïne. A chaque page, on espère, comme elle, trouver un billet de sa main.

"Reviens à moi, mon amour, mon ange, mon seul bien ! Reviens, je t'en conjure. Cette femme t'a séduit, je le vois; tu n'auras pu résister"

On tourne les pages jusqu'au dénouement final. J'avoue avoir été surprise par celui-ci. Puis, j'ai compris en lisant la postface que Constance de Salm l'avait voulu ainsi afin de donner une leçon morale.

J'ai trouvé la prose très élégante. Mais je n'ai pas réussi à complètement compatir avec le personnage principal. Sans doute parce que j'ai pensé que parfois, elle allait trop loin à partir d'indices trop minces.

Bref, vous l'aurez compris: un court roman épistolaire intéressant autour de la passion et de ses ravages qui a sans doute influencé de nombreux auteurs tels Stefan Zweig. Mais, même si je l'ai lu d'une traite, je reste sur un sentiment de légère frustration.

Editions Phébus, 2007, 189 pages

Ma note: 15/20

 

 

 

 


22/10/2012

L'Agence de Lorraine Fouchet: un changement de vie réussi

 

L'Agence

de

Lorraine Fouchet

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"Juliette entra sans frapper dans le bureau de Loïc, son rédacteur en chef. Elle adorait cette vaste pièce entourée de bibliothèques de bois blond remplies de livres"

Juliette, une jeune trentenaire, arrive à cumuler à grand peine sa carrière d'assistante de rédaction et de mère de famille. Elle doit s'occuper, en effet, de son fils de 10 ans, Aurélien, récemment diagnostiqué diabétique et de sa soeur Alice, âgée de 15 ans, à sa charge depuis la mort de leurs parents.

Elle revoit Sarah, son ancienne correspondante anglaise, venue s'installer récemment dans le Gers avec son mari, non loin de l'ancienne maison de la grand-mère de Juliette où elles passaient leurs vacances adolescentes. Son amie tente de la convaincre de quitter la capitale et de venir la rejoindre.

Et un jour, après avoir été virée de son job, notre héroïne décide de se lancer. Elle achète une ancienne école et fonde avec Sarah l'agence Changer tout.

"Notre agence s'adresse à tout le monde: les jeunes en début de carrière, les salariés qui désirent rebondir après cinquante ans, bref, tous ceux qui veulent aller au bout de leur rêve! Nous proposons à nos clients de les aider dans toutes leurs démarches, de leur dénicher leur travail et la maison idéale, de leur faire découvrir la région et ses trésors cachés, d'organiser de A à Z leur changement d'existence"

Malheureusement, l'arrivée de cette "étrangère" et de sa famille n'est pas du goût de tous les autochtones...

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Lorraine Fouchet est devenue médecin, conformément aux voeux de son père Christian Fouchet, ancien ministre du général de Gaulle (elle tient d'ailleurs son nom de la croix de Lorraine) et décédé d'un infarctus quand elle avait 17 ans.

Puis, un jour à 40 ans, elle a entendu à la radio la même phrase que son héroïne Juliette "On naît, on meurt, on rencontre l'amour ou on décide de changer de vie en une seconde". Et elle a décidé d'aller au bout de ses rêves et de devenir écrivain et scénariste.

Je n'avais jamais entendu parler d'elle avant de voir une critique de ce roman sur le blog Les Vacances de Léontine. La semaine dernière, j'ai trouvé l'ouvrage dans ma bibliothèque de quartier et je me suis lancée.

Je dois reconnaître que j'ai beaucoup aimé sa thématique principale: l'idée qu'il n'est jamais trop tard pour changer de vie et qu'il faut avoir le courage de parfois tout recommencer pour atteindre le bonheur. C'est quelque chose vers lequel on devrait tous tendre mais il est facile de l'oublier, un peu Juliette quand on est englués dans le quotidien. Et ce roman a l'art de nous remettre face à cette réalité.

Le style de Lorraine Fouchet est assez simple mais j'ai apprécié les multiples références qu'elle fait, notamment à la littérature jeunesse.

 " Tu t'appelles Pome, c'est plutôt toi qui es verte" (j'adore la série de Marie Desplechin)

Elle a l'art de crééer des personnages attachants, même si certains m'ont paru un peu caricaturaux (le maire méchant jusqu'au bout, la campagnarde métamorphe...). 

De même, l'intrigue se révèle sans doute trop touffue. Beaucoup d'événements surviennent, beaucoup de problèmes surgissent mais à chaque fois, tout se résoud facilement. J'ai eu beaucoup de mal à imaginer qu'il en serait de même dans la vie réelle. En revanche, les rapports entre les Gascons et la Parisienne m'ont bien fait sourire au début et je crois qu'ils reflètent pas mal ce qui pourrait advenir.

Bref, vous l'aurez compris: une lecture divertissante qui a le mérite de faire réfléchir sur les changements de vie qui parfois s'imposent car comme le rappelle l'exergue "la vie est trop courte pour être petite" (Christian Fouchet). 

Robert Laffont, collection "Best-sellers", 2003, 18 €