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20/07/2014

La Mort s'habille en crinoline de Jean-Christophe Duchon-Doris

La Mort s'habille en crinoline

de

Jean-Christophe Duchon-Doris

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"Mme Roger, couturière en vogue, quarante-trois ans, chignon, robe en popeline bleu foncé garnie de peluche ton sur ton, avec toque en castor et manchon. On lui a proposé de s'asseoir, elle préfère cependant rester debout à côté de sa "première"-dix ans de plus, un peu voûtée, robe de velours noir très simple, un ruban de même couleur orné d'une perle unique au ras du cou, chapeau à voilette, mitaines en dentelle noire."

Le 25 janvier 1856, à trois jours d'un grand bal donné aux Tuileries, Mme Roger montre ses dernières créations à une nouvelle venue sur la scène parisienne, la comtesse de Castiglione.

"Mme de Castiglione bouge enfin- [...] buste droit, port de tête, taille marquée, silhouette cambrée vêtue d'une robe de taffetas finement rayée de mauve et de gris, des yeux bleu-vert, bouche petite surmontée d'un nez destiné au pinceau, cheveux noirs aux reflets fauves, encadrant un visage mat. Une beauté hors du commun."

Aucune toilette ne convient à cette future cliente. Non, elle a un modèle bien en tête pour être présentée à l'Empereur et entend que la modiste le réalise.

Trois jours plus tard, vêtue d'une magnifique robe à crinoline de huit mètres, Mme de Castiglione fait son entrée et émerveille immédiatement toute l'assemblée.

Son destin est en marche...Et elle devient bientôt la maîtresse de Napoléon III.

Sept ans plus tard, des cadavres de femmes égorgées qui lui ressemblent toutes étrangement sont retrouvés dans la capitale.

Une enquête est diligentée...

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La Castiglione par Winterhalter

Après avoir lu de bonnes critiques sur les blogs de Bianca, Fanny, Syl et Titine, j'ai eu très envie de me lancer à mon tour dans ce roman policier.

J'ai toujours été intéressée par cette période du Second Empire et j'avais déjà entendu parler de la comtesse de Castiglione, cette femme fascinante qui a été la favorite du roi Victor-Emmanuel et de Napoléon III.

Une beauté à couper le souffle qui a été utilisée pour approcher l'Empereur et le convaincre de soutenir la cause italienne...

Une muse qui a beaucoup influencé la mode de son temps et s'est sans cesse mise en scène. De 1856 à 1895, soit cinq ans avant sa mort, elle entame, en effet, une collaboration avec le photographe Pierson. Plus de 500 clichés qui la montrent tant à l'apogée de son éclat qu'au moment de sa décadence, quand les dents viennent à lui manquer.

C'est autour de cet être palpitant que Jean-Christophe Duchon-Doris a choisi de centrer son intrigue. Ses sosies sont égorgés dans les rues de la capitale et le policier Dragan Vladeski est sommé de découvrir l'auteur de ses meurtres.

Son enquête va le mener dans le cercle des très proches de la comtesse. Mais l'entraîner aussi dans les rues de ce Paris en plein bouleversement haussmanien. Photographes, modistes de renom, demi-mondaines, couturières...constituent autant d'univers qu'il découvre.

Grâce aux investigations de Dragan, le lecteur peut donc se faire une meilleure idée de la société du Second Empire.

Une société où à la misère du quartier autour de la rue Traversine répondent la rutilance des salons de la haute société et la richesse des étoffes, des parures.....

Les femmes se battent pour arborer la plus belle tenue et se faire remarquer à la Cour ou à l'Opéra. Elles font la queue pour voir les défilés du couturier Worth. Celui qui a décidé d'abandonner les poupées pour choisir des mannequins en chair et en os.

Néanmoins, cette reconstitution très soignée et très fouillée de la vie dans la capitale à cette époque ne constitue pas le seul intérêt de ce roman. L'auteur a su entremêler avec habilité personnages de l'Histoire et de son invention (même si Dragan et Eglantine paraissent bien ternes par rapport à la comtesse). On suit également avec plaisir l'intrigue qu'il a fomentée et les pièges dans lesquels il place son lecteur.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé un agréable moment en compagnie de cet ouvrage. Et je pense que ce ne sera pas le dernier que je découvrirai de Jean-Christophe Duchon-Doris...

Editions Julliard, 2014, 318 pages, 20 €

Billet dans le cadre du challenge 19ème siècle organisé par Fanny.

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En bonus, je vous rajoute une vidéo que j'ai trouvée autour de l’œuvre de Pierre-Louis Pierson. L'occasion de voir certaines des photographies qu'il a prises de la Castiglione.


 

10/07/2014

Maisie Dobbs de Jacqueline Winspear

Maisie Dobbs

de

Jacqueline Winspear

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"La mince jeune femme fut la dernière à franchir le tourniquet à la station de métro de Warren Street. Jack Barker l'aurait de toute façon remarquée. Vêtue d'une longue veste bleue marine et d'une jupe plissée assortie qui laissait voir de jolies chevilles, elle avait indéniablement ce que la vieille mère de Jack appelait du "maintien". Elle marchait, épaules rejetées en arrière et tête droite, tenant comme elle pouvait un porte-documents un peu fatigué tandis qu'elle enfilait ses gants"

A Londres, en 1929, Maisie Dobbs est une jeune femme qui vient de s'établir toute seule comme détective privé.

Un mois après son installation, elle se voit confier sa première affaire. Un certain M. Davenham s'inquiète des absences répétées de sa femme les mardis et jeudis après-midi et souhaite découvrir les raisons qui entourent ces disparitions mystérieuses.

"Je la découvrirai pour vous cette vérité. Mais nous devons nous mettre d'accord sur un point-quand je vous remettrai mon rapport, et que vous saurez la vérité, il nous faudra évoquer ensemble l'avenir"

Maisie part donc sur les traces de Mrs Davenham. Elle est bien loin de se douter que cette enquête va la mener vers une ferme emplie de blessés de guerre. Et que surtout, elle va réveiller des souvenirs bien douloureux....

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J'ai entendu parler pour la première fois de cette héroïne, née sous la plume de Jacqueline Winspear en 2003, dans le cadre du mois anglais. Mais les quelques billets lus à cette occasion m'ont convaincue et je n'ai pas tardé à m'acheter ce premier opus.

Une fois lancée dans cet ouvrage policier, je dois avouer que j'ai été quelque peu décontenancée. En effet, j'ai trouvé que le début s'étirait en longueur et ne présentait pas grand intérêt.

Puis, au fil des pages, je me suis habituée à cette lenteur, à cette absence d'intrigue policière proprement dite et au peu d'action.

Ce qui prédomine dans Maisie Dobbs, ce n'est pas tant le crime et sa résolution. Non, ce qui prend le dessus, c'est tout le ressort psychologique (les liens entre les différents protagonistes, leur évolution...)

On découvre tout le passé de notre héroïne lors d'un flashback qui occupe le second tiers du livre.

Au début de l'adolescence, elle est engagée dans la demeure de Lord et Lady Crampton . Fascinée par la bibliothèque, elle décide de se lever en secret toutes les nuits plus tôt pour farfouiller dans les étagères et apprendre. Un soir, elle est surprise par sa maîtresse.

Au lieu de se faire congédier, elle se voit proposer un marché: elle continuera à assurer ses devoirs de domestique tout en consacrant désormais un après-midi tous les quinze jours à ses études.

Les années passent...L'apprentissage de Maisie se poursuit. Apprentissage savant certes....Mais apprentissage également des relations, de l'amitié, de l'amour...

La guerre éclate. Maisie s'engage comme infirmière sur le front. Et tout son monde va se trouver bouleversé...

Je me suis attachée à cette jeune femme si avide de culture, si droite, si pure, si intègre, si intelligente, si volontaire...Et c'est à partir de là que j'ai commencé à réellement apprécier ce roman.

De même, j'ai aimé faire la connaissance de toutes la galerie de personnages secondaires qui gravite autour d'elle: Billy Beale, Lady Rowan, Maurice Blanche....Autant d'hommes et de femmes que je prendrais plaisir à retrouver dans le prochain volet.

De plus, Jacqueline Winspear se révèle très talentueuse à restituer l'atmosphère qui devait régner en ce début de 1929. La crise n'a pas encore éclaté. Le choc du premier conflit ne s'est bien entendu pas estompé. Chacun sait que, désormais, tout peut basculer du jour au lendemain.

Choc physique...Choc moral...Aucun des protagonistes ne s'est remis de cette guerre totale. Tous-pour diverses raisons- en sont ressortis profondément meurtris.

"Je dors pas, voilà tout. C'est comme ça depuis que je suis rentré de France. Ça fait des années. Il suffit que je ferme les yeux pour que tout revienne [...] Je sens presque l'odeur du gaz. Parfois, je n'arrive plus à respirer. Et quand je finis par m'endormir, c'est pour me réveiller en train de lutter pour respirer. Et puis, il y'a ces battements dans ma tête. On ne les oublie jamais ces grondements-les obus qui explosent..."

Les cicatrices se portent partout: tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Pour ceux qui ne supportent plus de se confronter au monde extérieur, des endroits ont été créés pour panser leurs plaies. A l'instar de cette "Retraite", refuge de nombre gueules cassées, où l'enquête va redémarrer...

Bref, vous l'aurez compris: malgré un début qui ne m'a pas enthousiasmée, j'ai passé un très bon moment en compagnie de ce premier volet des aventures de Maisie Dobbs. Et je pense que je ne tarderai pas à me plonger dans la suite.

Le Livre de Poche, 2007, 381 pages, 6,95 €

Billet dans le cadre du Challenge Première Guerre mondiale

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02/07/2014

Ashworth Hall de Anne Perry

Ashworth Hall

de

Anne Perry

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"Pitt regarda le corps de l'homme allongé sur l'allée pavée. A quelques mètres de là, dans Oxford Street, attelages et fiacres filaient à toute allure sur la chaussée mouillée. Les lampes des réverbères ressemblaient à des lunes pâles, dans l'obscurité naissante du crépuscule gris d'octobre."

Alors qu'il enquête sur le meurtre d'un agent infiltré, Pitt se voit confier une nouvelle mission: assurer la sécurité d'une rencontre secrète organisée à Ashworth Hall, le manoir de sa belle-sœur Emily, entre les protestants et catholiques irlandais.

Pour accomplir cette lourde tâche, il va heureusement bénéficier du soutien de son épouse, de sa fidèle servante Gracie. Sans oublier celui (forcé) de son adjoint Tellman, transformé pour l'occasion en valet.

Mais au fil des heures, l'atmosphère devient de plus en plus orageuse. Et la conférence pourrait prendre des allures dramatiques...

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Comme chaque mois, j'ai retrouvé avec plaisir les Pitt pour ma lecture commune avec mes copinautes. J'attendais beaucoup de cet opus. Notamment en termes d'évolution des relations. Et de présence plus marquée de Charlotte et de Gracie.

Dans ce sens, on peut donc dire qu' Ashworth Hall a répondu à mes espoirs. En effet, dès les premières pages, on sent que Charlotte va jouer un rôle plus important dans l'intrigue. Non seulement elle seconde Pitt dans ses investigations mais elle aide aussi sa sœur à recevoir les épouses des conférenciers. Et il y'a fort à faire tant les tensions entre catholiques et protestants irlandais sont palpables même au niveau de leurs compagnes.

Et que dire de Gracie? Gracie, maintenant devenue une jeune femme de 20 ans, vit ses premiers émois amoureux. J'ai trouvé cela très émouvant. Mais j'ai surtout adoré ses échanges avec Tellman.

Un Tellman contraint de devenir le valet de Pitt alors qu'il honnit tout ce qui touche à la caste des domestiques. Outre le ressort comique évident de leur association rapprochée et de cette répartition des rôles, ce choix d'Anne Perry nous permet de plonger dans le monde d'en-bas.

Celui de toutes les petites mains qui contribuent au fonctionnement d'un manoir de la taille d'Ashworth Hall et au bien-être de leurs maîtres. J'ai adoré en apprendre plus sur tous les usages en vigueur, sur les astuces utilisées pour effacer telle tache, sur les escaliers à emprunter...Et cela m'a quelque peu rappelé Downton Abbey, une de mes séries cultes.

A cet aspect toujours très réussi de description de la société victorienne se superpose une dimension plus politique. En cette fin de siècle, les enjeux irlandais occupent le devant de la scène. Après les échecs notamment de Gladstone, cette réunion secrète semble revêtir une grande importance. L'occasion pour la romancière d'évoquer les pièges sans cesse tendus, les inventions historiques, les fausses croyances... Autant d'éléments qui gangrènent la situation et rendent quasiment impossible toute réconciliation.

En revanche, je dois confesser que j'ai eu souvent du mal à me repérer entre les différents noms.

A ce bémol vient s'en ajouter un autre relatif à l'intrigue policière. Elle m'a semblé peu intéressante finalement et sa résolution trop alambiquée.

Bref, vous l'aurez compris: même si cet ouvrage n'est pas le meilleur cru de la série, j'ai passé un bon moment en compagnie des époux Pitt et je les retrouverai avec plaisir au début du mois d'août. J'ai hâte de découvrir comment certaines relations vont évoluer.

Editions 10/18, 2005, 315 pages

Billet dans le cadre du Challenge Anne Perry et d'une lecture commune avec Bianca, Céline, Fanny, Sybille, Soie, Lara et Belette (je rajouterai les liens dès mon retour)

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