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22/08/2014

Sans elle d'Alma Brami

Sans elle

de

Alma Brami

 

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"Moi, je m'appelle Lea et je suis immortelle.

Immortelle, c'est quand on devrait mourir à un moment et qu'on n'est pas mort, après c'est fini, on a dépassé la mort, on l'a plantée, elle a pris quelqu'un d'autre à la place.

Je m'appelle Léa...Léa, c'est plein de couleurs, un peu rose, un peu vert, un peu bleu, mais tout pastel...Léa, c'est doux, c'est soyeux.

Je m'appelle Léa, je suis blanche comme du lait. Je m'appelle Léa et je ne peux plus mourir. Même si je voulais, même si je faisais tout pour, je ne peux plus."

A 10 ans et après avoir perdu son père dans l'année, Léa se retrouve confrontée à la mort de sa petite sœur, Solène, renversée par une voiture.

"Quand ma mort a pris Solène à ma place, j'ai arrêté de courir, j'ai dit à ma mort de me prendre comme prévu, et que c'était juste un jeu, mais ma mort, elle a dit que c'était trop tard, qu'on ne peut pas revenir en arrière et que j'aurais dû y penser avant."

Sans Solène "la plus belle, la plus douce", sa mère plonge dans le désespoir.

Sans Solène, Léa se sent bien seule.

Sans Solène, les jeux et les cadeaux n'ont plus le même goût.

Sans Solène, Léa se retrouve livrée à elle-même.

Sans Solène, elle doit faire l'apprentissage de l'âge adulte à vitesse accélérée.

Sans Solène, elle doit retrouver le chemin de l'espoir.

Mais, sans elle, est-ce que la vie peut retrouver ses habits de bonheur?

Dans ce premier roman, Alma Brami emprunte la voix d'une jeune fille de 10 ans, Léa, éprouvée par le deuil. D'une plume chirurgicale, elle nous parle de la nécessaire reconstruction qui survient après des drames familiaux de cette envergure.

Avec des mots à la fois simples et qui nous touchent en plein cœur, l'héroïne nous parle de sa culpabilité. Elle a réussi à échapper à cette voiture. Mais pas sa sœur. C'était elle, la grande, celle qui aurait dû protéger et elle n'a pu empêcher cette catastrophe.

Chez elle, sa mère s'est murée dans le silence de sa chambre. Dans cet appartement/mausolée de celle qui n'est plus, plus aucun son ne se fait entendre.

Pourtant, Léa tente de retrouver le fil du dialogue avec la seule qui lui reste. Mais ni les mots ni les pleurs ne peuvent rien changer. Alors, Léa trouve des moyens pour survivre. Apprend à s'habiller et à faire ses nattes toute seule. A aller toute seule à l'école. A voler des morceaux de pain à la cantine pour pouvoir manger le soir.

Elle lutte, lutte pour se débarrasser de ses peurs, de ses souvenirs à la fois doux et sombres qui lui donnent le cafard...

Mais Léa rêve aussi. A des ailes qui lui pousseraient dans le dos et lui permettraient de rejoindre son père et Solène.

On la suit au jour le jour dans ce combat surhumain. On la voit avancer, trébucher, refuser l'aide de ceux qui l'aiment profondément (Kevin et sa grand-mère)...On espère que tous ses efforts vont enfin payer...Et on guette d'éventuelles réactions de celle qui semble définitivement éteinte.

Ce roman, de moi-même, je n'aurais peut-être pas été vers lui. Mais, voilà, une de mes meilleures amies me l'a placé entre les mains. Et Léa m'a accompagnée pendant quelques 170 pages.

C'est là le tour de force d'Alma Brami. On ne peut que plonger dans ce monologue profondément poignant. Qui nous prend aux tripes. Qui nous fait réfléchir sur ceux qui comptent. Sur la vie, la mort, le deuil, l'espoir...

Bref, un roman autour d'un sujet essentiel et qui ne vous laissera pas indifférent.

Mercure de France, 2008, 176 pages (il existe aussi en version poche chez Folio)

 

 

 

 

25/07/2013

Autumn de Philippe Delerm

Autumn

de

Philippe Delerm

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"L'automne est descendu sur le parc de Cheyne Walk. Les arbres ne sont plus des arbres. Infinis dégradés de tous les ors, de tous les roux, de tous les flamboiements secrets gagnés par l'ombre et le poids du passé. Comme la toile peinte d'un théâtre, ils se confondent avec la fin du jour. Octobre, le mot est doux à boire et triste comme un vin de mort, si riche encore du parfum de la vie."

7 octobre 1869: le peintre Dante Gabriel Rossetti observe l'automne de la fenêtre de sa demeure. Il sait que le soir-même deux de ses relations vont déterrer le cercueil d'Elizabeth Siddal, sa bien-aimée. Dans le cimetière d'Highgate, tout est silencieux quand Howell et Williams ouvrent la tombe. Dedans, repose miraculeusement conservée la muse de Rossetti. Et à ses côtés, le recueil inédit de poèmes du peintre...

Puis, après cette scène éprouvante, nous replongeons dans l'Angleterre de 1850 à la rencontre d'un groupe de jeunes artistes, les Préraphaëlites.

"Un groupe d'amis, soucieux d'aller en peinture dans la même direction, en accordant davantage au regard intérieur du peintre qu'à l'exactitude de la réalité, en attachant plus d'importance au naturel qu'à la reproduction figée d'une image conformiste."

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De Philippe Delerm, je n'avais lu pour l'instant que La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. Mais cela faisait longtemps que je voulais plonger dans ce roman autour d'un groupe d'artistes qui me fascinent. Je les ai découverts pour la première fois grâce à Jane Austen (la couverture de Persuasion).

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Malheureusement, je n'ai pas pu encore admirer en vrai leurs toiles car lors de mon dernier séjour à Londres en mai, elles avaient été envoyées pour une grande exposition à Tokyo. Du coup, cela me fera une bonne raison de retourner dans la capitale anglaise...

Au fil de pages, le lecteur est invité à suivre la trajectoire de tous ces jeunes artistes: la première génération formée notamment de John Everett Millais, Dante Gabriel Rossetti, Walter Deverett, puis la seconde avec Burne-Jones et Morris.

Ce voyage auprès des Préraphaëlites de 1850 à 1869 permet de croiser également les personnaités qui ont gravité autour d'eux, à l'instar de la muse Elizabeth Siddal, du critique John Ruskin, de Charles Dodgson (alias Lewis Carroll) qui les a immortalisés par la photographie.

La structure narrative s'articule autour de courts chapitres, des sortes d'"instantanés" des moments fondateurs de ce mouvement. S'intercalent également de temps en temps des lettres d'Elizabeth...

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Elizabeth Siddal

Dès le début de l'ouvrage, on assiste ainsi à une rencontre fondamentale, celle de Deverett et de Siddall. Deverett remarque cette ouvrière dans un magasin de mode et immédiatement,  sait que cette femme est "la vision qui venait incarner leurs rêves".

"Elle semblait descendre d'un Moyen Age florentin pour habiter son rêve, avec une mélancolie blessée, mais cette inattendue sensualité de sa bouche un peu lourde, finement ourlée, fruit d'automne à la douceur offerte de virginité mystique. Dans ses cheveux dormaient toutes les flammes, tous les secrets d'une Italie brûlée de passions séculaires et dans la blancheur de sa peau tous les ailleurs du Nord"

Quelques jours plus tard, Deverett présente Siddal au reste de ses amis lors d'une réunion pleine de dissensions. Dès le début, on sent que tous les membres ne partagent pas la même vision. Certains renoncent à l'art, d'autres préfèrent s'adonner au bonheur familial...

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John Everett Millais

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Dante Gabriel Rossetti

 Mais l'introduction de Siddal dans le groupe va avoir un impact très fort sur deux des artistes: Millais et Rossetti. Millais va l'utiliser comme modèle pour un de ses tableaux les plus célèbres: Ophélie. Une oeuvre pour laquelle Elizabeth a dû poser pendant des heures dans une baignoire remplie, entourée de bougies.

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Ophélie de  John Everett Millais

La jeune femme va également entamer une relation passionnée avec Rossetti. Il va ainsi la représenter dans de nombreuses toiles sous les traits de la Béatrice de Dante. Ils s'installent ensemble avant de se marier des années plus tard, ce qui est immédiatement mal perçu par la famille du peintre et par la bonne société. Leur amour se révèle destructeur: Rossetti trompe la jeune femme, celle-ci se réfugie dans les opiacés. Et s'achève dans le drame avec le suicide de Lizzie au laudanum.

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Beatrix de Dante Gabriel Rossetti

D'autres modèles vont la remplacer auprès du peintre: Fanny Conforth et Jane Morris. Mais il conservera toujours une pièce qui lui est consacrée dans son domaine.

De plus, une autre relation amoureuse qui a défrayé la chronique victorienne est explorée dans ce roman. Il s'agit du triangle formé par John Ruskin-Euphemia Ruskin-Millais. Je ne vous donnerai pas le dénouement, histoire de préserver le suspense.

J'ai été très intéressée par tous ces éléments biographiques, disséminés sans jamais trop s'appesantir. On apprend beaucoup de détails sur le mouvement, leurs contemporains. Et on ressort avec l'envie d'admirer les tableaux.

De même, j'ai  apprécié les réflexions sur la condition de l'artiste.

Est-ce que le bonheur ne compromet pas le talent? Doit-il rester avant tout libre? constituent des questions soulevées par Delerm et évoquées par les peintres au fil de leur existence.

Ce livre s'attarde aussi sur la place de la femme d'artiste et de la femme-modèle dans la société victorienne. Euphemia Ruskin, Elizabeth Siddal, Christina Rossetti, Jane Morris...en sont autant d'incarnations. On sent la difficulté d'exister face à de tels hommes. Et celle-pour Lizzie-de s'affirmer en tant que démiurge (seul Ruskin la soutient dans ses tentatives picturales)

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John Ruskin

On suit aussi les trajectoires de John Ruskin et de Charles Dodgson. Deux créateurs critiqués pour leur relation à l'enfance. Leurs rapports proches avec Rose et Alice ont été très commentés sous le règne de Victoria.

En revanche, j'ai moins accroché avec le style. Autant j'ai été sensible au lyrisme de la description des paysages, autant certains passages m'ont semblé trop lents (je fais notamment référence aux monologues de Rossetti)

Bref, vous l'aurez compris: j'ai beaucoup apprécié le sujet de ce roman, les considérations sur la condition d'artiste et de la femme à l'époque victorienne... Si vous cherchez à découvrir ou à approfondir votre connaissance des Préraphaëlites, n'hésitez pas à vous lancer dans cette lecture.

Folio, 1999, 306 pages, 7,70 €

Billet dans le cadre du challenge victorien

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28/01/2013

Anna Karenine de Léon Tolstoï

Anna Karénine

de

Léon Tolstoï

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"Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. Tout était sens dessus dessous dans la maison Oblonski. Prévenue que son mari entretenait une liaison avec l'ancienne institutrice française de leurs enfants, la princesse s'était refusée net à vivre sous le même toît que lui"

Moscou, années 1870, Stépane Arcadiévitch Oblonski, qui entretenait une liaison avec la gouvernante de ses enfants, vient d'être découvert par sa femme. Cette dernière refuse de lui pardonner et l'oblige à faire chambre à part. Désemparé devant cette réaction, Oblonski cherche du réconfort auprès de son vieil ami Lévine, venu en ville pour demander la main de la jolie Kitty.

Mais il attend surtout de l'aide de sa soeur Anna Karénine. En allant la chercher à la gare, il rencontre un des autres prétendants de Kitty, Vronsky. Des présentations ont lieu. Et Vronsky tombe immédiatement sous le charme d'Anna.

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Tolstoï a rédigé cet ouvrage en moins d'un an: de mars 1873 à février 1874 (si on excepte l'épilogue ajouté en 1877). Il l'a fait publier sous forme de feuilleton dans le Messager russe de janvier 1875 à mai 1877. Mais un désaccord avec le comité de rédaction sur la fin a suspendu la parution. Ainsi, les lecteurs ont dû patienter jusqu'au mois de janvier 1878 pour connaître le dénouement.

J'avais déjà lu ce roman quand j'étais adolescente. Je me souvenais avoir été frappée par le destin tragique d'Anna. Récemment, la sortie du très beau film avec Keira Knightley m'a donné envie de m'y replonger. Aussi, j'ai été ravie quand Bianca m'a proposé cette lecture commune. Et je peux tout de suite vous le dire, je n'ai pas eu le même regard que celui de mes 15 ans.

J'ai été particulièrement frappée par le sort réservé aux femmes. Deux histoires d'adultère, en effet, sont dépeintes dans ce roman: celle d'Oblonski et de la gouvernante et celle d'Anna et de Vronsky. Or, le regard porté sur ces deux liaisons n'est pas le même. Dès le début, on voit bien qu'Oblonski bénéficie du soutien de tous (sa soeur, les domestiques...). Un peu, comme si son escapade semblait normale, au bout de quelques années de mariage.

"Sincère envers lui-même, Stépane Arcadiévitch ne se faisait point d'illusion: il n'éprouvait aucun remords et s'en rendait fort bien compte. Cet homme de trente-quatre ans, bien fait de sa personne et de complexion amoureuse, ne pouvait vraiment se repentir de négliger sa femme, à peine plus jeune que lui d'une année et mère de sept enfants, dont cinq vivants; il regrettait seulement de ne pas avoir mieux caché son jeu.[...] Il trouvait même que Dolly, fanée, vieillie, fatiguée, excellente mère de famille certes mais sans aucune qualité qui la mit hors de pair, aurait dû en bonne justice faire preuve d'indulgence"

Il en va autrement pour sa soeur. Son histoire d'amour avec Vronsky la met au ban de la société. En témoigne par exemple la très belle scène de l'opéra. Et lui fait perdre tout ce qu'elle a de plus cher.

J'ai beaucoup apprécié la description de la société russe. En effet, tout au long de cette fresque, Tolstoï nous amène à comprendre le fonctionnement de la noblesse, des règles à respecter, des modes de vie à adopter..Il nous montre aussi la place de la foi...

Les personnages dépeints m'ont également énormément plu. A commencer par Anna Karénine... J'ai admiré son courage de se lancer à corps perdu dans son histoire d'amour avec Vronsky au prix de tout ce qui lui est cher (famille, amis, rang, fortune..). C'est l'héroïne tragique par excellence, celle qui ne supporte pas l'hypocrisie et les convenances,  sacrifie tout pour sa passion et va connaître la chute..Un personnage féminin fort, comme on en rencontre peu. On la voit pour la première fois dans une gare et pour la dernière fois dans le même lieu. Entre temps, tout aura changé.

"Il se sentait attiré non pas par la beauté très grande de cette dame, ni par l'élégance discrète qui émanait de sa personne mais bien par l'expression toute de douceur de son charmant visage. Et précisément elle aussi se détourna. Un court instant ses yeux gris et brillants, que des cils épais faisaient parâitre foncés, s'arrêtèrent sur lui avec bienveillance, comme s'ils le reconnaissaient"

Les autres protagonistes ont également retenu mon attention. Je trouve que l'auteur a réussi à nous les rendre tous vivants. Ils illustrent tous à merveille les qualités et les défauts du genre humain. En fait, le seul qui m'ait déplu est Vronsky. Mais je ne vous en dirai pas plus, de peur de trop en révéler.

J'aimerais finir ce billet en soulignant le talent de Tolstoï. J'ai évoqué plus haut tout l'art qu'il avait su déployer dans cette fresque pour nous montrer la diversité de la société russe et mettre en scène des personnages qui ne peuvent laisser indifférents. Je voudrais maintenant évoquer son talent dans la construction de son roman. Il établit par exemple de nombreux parallèles: les deux liaisions adultères; les deux histoires d'amour: l'une simple et pure entre Levine et Kitty, l'autre adultère et tourmentée entre Anna et Vronsky. De plus, la première scène de la gare préfigure la dernière (le destin du cheminot)

Bref, vous l'aurez compris: un magnifique roman que j'ai pris beaucoup de plaisir à redécouvrir. Je pense que ses personnages, son intrigue....m'accompagneront longtemps!

Folio, 1994, 928 pages, 10,90 €

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Bianca dont voici le beau billet et dans le cadre du challenge Romans cultes de Metaphore.

 

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Je vous mets en bonus la bande annonce du long métrage de Joe Wright. Un vision très intéressante de cette oeuvre.



Et la très belle scène de danse entre Anna et Vronsky.