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the frenchbooklover - Page 6

  • Poste restante à Locmaria de Lorraine Fouchet

    Poste restante à Locmaria

    de

    Lorraine Fouchet

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    "Il l'aperçoit à la terrasse du Caffe Rosati et c'est l'été, bien qu'on soit en avril. Elle est seule devant un espresso. Il n'aime plus dormir depuis qu'ils sont ensemble, parce qu'ils sont séparés lorsqu'il rêve. Elle a littéralement kidnappé son cœur. Ce jour-là, elle porte une robe orange, sa couleur favorite-il voit la vie en orange désormais. Elle entoure sa tasse d'un geste si sensuel qu'il envie la porcelaine."

    A Rome, début des années 1990, un homme va rejoindre sa femme, à la terrasse d'un café. Mais, distrait, il se fait renverser par une Vespa et meurt sur le coup. Sa veuve Livia est enceinte. Elle accouche de Chiara, une jeune femme, qu'elle élève sans tendresse, en lui faisant comprendre que sa présence est un fardeau.

    Chiara se construit dans ce rejet maternel et dans l'image idéalisée de son père, décédé avant sa naissance. Aussi, quand le soir des 50 ans de Livia, elle apprend par sa marraine qu'elle est peut être la fille d'un pêcheur de l'île de Groix, rencontré lors d'une soirée toscane, son monde s'écroule.

    Décidée à comprendre ses origines, elle part en Bretagne, sur les traces de celui qui l'a peut être conçue.

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    J'avais déjà eu l'occasion de vous parler de la Mélodie des jours et de l'Agence, deux œuvres de Lorraine Fouchet, qui m'avaient fait passer un bon moment de lecture. Et je n'avais pas pris le temps de chroniquer Entre ciel et Lou, un très beau roman "doudou".

    Comme dans ses précédents opus, on retrouve dès les premières pages la "petite musique" de l'autrice. A savoir son style humaniste, son regard tendre sur ses protagonistes et son sens de la phrase poétique qui jaillit au gré d'un paragraphe.

    Poste restante à Locmaria traite de sujets graves: la paternité, l'absence de paternité, la mort des proches, la culpabilité qu'elle génère parfois,le deuil, le déracinement, le rejet, la construction de fausses identités...Mais, ces thématiques parfois sombres et qui résonnent en chacun d'entre nous, s'accompagnent d'amour, d'entraide, de solidarité, de sentiment d'appartenance, de pardon, de reconstruction, de rires, de repas conviviaux...C'est la vie avec toutes ces facettes que l'écrivaine invite dans son œuvre.

    J'ai aimé ce fourmillement d'idées, ce jaillissement d'émotions...Toutefois, vers la fin, j'ai trouvé que cette multitude était de trop. J'aurais préféré m'arrêter plus longtemps sur certains sujets ou certains personnages.

    On suit ainsi Chiara, Gabin, Charles, Perig, Louis, Viola, Livia, Urielle, Rozenn, Didier, Oanelle...Tant de destins qui palpitent, étreignent, pleurent et que nous effleurons parfois à peine. Une fois, encore, ce grand nombre m'a quelque peu gênée dans ma découverte. J'ai regretté de ne pas faire plus ample connaissance avec certains d'entre eux et de rester avec des interrogations.

    Néanmoins, je dois reconnaître que tous ces protagonistes, même s'ils ne sont pas toujours aussi fouillés que je le souhaiterais, sonnent toujours justes. Je me suis particulièrement attachée à quatre d'entre eux: Chiara, Charles, Gabin et Louis. Je me suis même demandée si Lorraine Fouchet n'avait pas mis beaucoup d'elle dans ses trois héros masculins. Le médecin, l'adolescent sans père, l'écrivain...Comme trois échos. Et la pirouette finale a encore plus ancré en moi cette théorie.

    Pour dérouler le fil de l'intrigue, les voix s'entremêlent. J'ai apprécié cette polyphonie narrative car elle m'a permis de mieux cerner Chiara, Louis, Gabin ou Charles. En revanche, j'aurais préféré que ce choix soit uniquement orienté vers des humains. Les monologues de la boîte aux lettres ou de Pégase n'ont pas emporté mon adhésion.

    Comme dans Entre Ciel et Lou, l'île de Groix sert de cadre principal à l'action. L'autrice rend un vibrant hommage à ce lieu. Sous sa plume, on voyage sur les sentiers, bercés par le bruit des vagues; on sent les embruns sur notre peau; on respire l'air iodé et on n'a qu'une envie: prendre un aller simple pour cet endroit d'exception.

    Bref, vous l'aurez compris: même si j'émets quelques réserves et si les rebondissements des derniers chapitres m'ont semblé parfois trop télescopés,  je me suis promenée avec intérêt sur ces chemins bretons. Et j'aurais plaisir à retrouver cette autrice sensible pour son prochain livre.

    Merci à Roxane et aux éditions Héloïse d'Ormesson pour cet envoi.

    Editions Héloise d'Ormesson, 2018, 382 pages

     

  • Rendez-vous avec le mal de Julia Chapman

    Rendez-vous avec le mal

    de

    Julia Chapman

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    "-Elle essaie de me tuer!

    Au désespoir, Samson O'Brien résista à la tentation de se prendre la tête dans les mains. Les jointures blanchies par l'effort, il resserra sa prise sur son stylo à bille et sourit à la vieille dame, assise face à lui.

    -Madame Shepherd, commença -t-il, je ne crois pas que...

    -Mais si! J'en suis sûre, le coupa-t-elle. Je l'ai vue, vous comprenez. Et maintenant, elle veut que je disparaisse."

    Un matin, à l'Agence de Recherche des Vallons, Samson O'Brien reçoit Mme Shepherd. Cette pensionnaire de la maison de retraite de Fellside Court est persuadée qu'on en veut à sa vie. Parce qu'une montre a disparu. Parce qu'elle a aperçu une chevelure blonde dans les couloirs la nuit. Plus elle fournit d'explications, plus elle semble s'embrouiller...Et plus, notre détective peine à la croire. Et si cette vieille dame ne perdait pas tout simplement la tête?

    Pour cette raison, Samson refuse l'affaire. Aussi, quelques jours plus tard, quand il apprend le décès de celle qui aurait pu être sa cliente, les regrets l'assaillent...Malgré les déclarations du coroner, il décide donc de mener sa propre enquête et de faire la lumière sur les drames qui s'enchaînent à Fellside.

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    Au début du mois de mai, j'ai eu l'occasion de découvrir Rendez-vous avec le crime et de vous en parler sur le blog. En dépit d'une introduction un peu longue, j'avais vraiment apprécié ce premier opus et cette première rencontre avec Samson, Delilah et les autres habitants de Bruncliffe. Aussi, lorsque j'ai reçu ce deuxième tome, je me suis immédiatement plongée dedans.

    Cette fois-ci, l'aspect introductif est complètement gommé. Et, dès les premières lignes, par un jeu de dialogues, nous voilà immergés dans une des deux enquêtes qui vont occuper Samson et sa propriétaire Delilah. Même si, de prime abord, notre héros refuse de prendre au sérieux les déclarations de Madame Shepherd, la disparition brutale de cette dernière va l'amener à réviser ses doutes.

    Quelques instants plus tard, un second client se présente: son bélier reproducteur aurait disparu. A la charge de Samson de le retrouver.

    Deux pistes à suivre, deux lieux bien distincts: une maison de retraite et les champs de Bruncliffe, plusieurs acteurs qui interagissent...Tel est le défi narratif que s'est fixé Julia Chapman. Ce parti pris m'a totalement convaincue. Il nous permet d'explorer plusieurs strates sociales et géographiques de ce petit village du Yorkshire. De plus, s'entremêlent ainsi plusieurs registres. A une certaine tendresse vis-à-vis des occupants de Fellside Court répond un regard cocasse sur les "pieds nickelés" de la ferme.

    Même si j'ai trouvé l'intrigue policière concernant la maison de retraite plus aboutie, je ne regrette pas la seconde qui m'a fait beaucoup rire et qui apporte un autre éclairage sur Samson, ce fils de fermier et sur son village d'enfance.

    Une des qualités de cette série réside certainement dans sa galerie de personnages et dans l'évolution de leurs interactions. Loin de brusquer de possibles évolutions, l'autrice prend son temps. Des liens se renouent petit à petit, des revirements ont lieu...Et tout sonne juste. On prend plaisir à faire plus ample connaissance avec chacun de ces protagonistes. La dernière page tournée, on les quitte d'ailleurs à regret.

    Les ingrédients du "cosy mystery" sont toujours bien présents. Cependant, notamment par le biais de Delilah et de ses gagdets, un certain vent de modernité souffle et "dépoussière" les traditionnelles enquêtes autour d'une tasse de thé.

    Bref, vous l'avez compris: une fois encore, j'ai passé un très bon moment à Bruncliffe. Vivement novembre pour la suite!

    Un grand merci à Filippa et aux éditions Robert Laffont pour cet envoi!

    Billet dans le cadre d'une lecture commune avec mon amie Bianca.

    La Bête noire, Robert Laffont, 2018, 391 pages

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Gustave Eiffel et les âmes de fer de Flore Vesco

    Gustave Eiffel et les âmes de fer

    de

    Flore Vesco

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    "Alliage du chapitre 1

    32% de cuivre

    18% d'étain

    50% d'un bien étrange entretien d'embauche

    Gustave Eiffel empoigna fortement le fer. Sa main était assurée. Il effectua une légère rotation pour assouplir son poignet et soupeser le métal. Il prit une profonde inspiration. Ses doigts se crispèrent. D'un geste vif, sans la moindre hésitation, il appuya la pointe métallique contre le col. Il détendit le bras de manière fluide, dans un mouvement imparable, presque instinctif."

    En ce matin du 8 août 1855, Gustave Eiffel parcourt le journal, à la recherche d'un emploi. Ses yeux tombent sur une étrange petite annonce. Après avoir réussi à la déchiffrer, il se rend au rendez-vous fixé. Il est bien loin de se douter que ce choix va le faire intégrer la prestigieuse S.S.S.S.S.S, société super secrète des savants en sciences surnaturelles. Après une formation acharnée, le voilà lancé dans sa première mission: vérifier si un phénix va bien renaître de ses cendres, dans une usine métallurgique, à la périphérie de Paris. A l'enjeu de réussir ce défi et de justifier la confiance de Louis Pasteur se mêlent bien vite des intérêts plus personnels. Et si ses sentiments le mettaient en danger?

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    Vous avez sans doute remarqué que j'avais été beaucoup moins présente l'année dernière sur le blog. C'est pour cette raison que je ne vous avais pas parlé de Louis Pasteur contre les loup-garous. Ce roman avait été un véritable coup de cœur et j'avais hâte de retrouver la plume de Flore Vesco. Aussi, je me suis précipitée sur ce nouvel opus dès que j'ai pu me le procurer à la médiathèque.

    Nous retrouvons les protagonistes de Louis Pasteur contre les loup-garous. Désormais trentenaires, Louis Pasteur et Constance font partie de la prestigieuse S.S.S.S.S.S. Ils continuent de lutter contre les êtres fantastiques et horrifiques qui menacent le monde. De plus, ils officient également en tant que formateurs de nouvelles recrues. J'ai beaucoup apprécié ce choix narratif. Il nous permet de les retrouver et de savoir ce qui leur est arrivé, après leurs palpitantes aventures. Mais plutôt que de proposer une suite de leurs exploits, ils sont érigés en modèles de courage et d'intelligence. Et ils servent de transmission. Ainsi, ils passent le flambeau à une nouvelle recrue.

    Ce nouvel héros est loin d'être inconnu. En effet, il s'agit de Gustave Eiffel, aux balbutiements de sa carrière. Encore une fois, Flore Vesco démontre tout son talent à entremêler petite et grande histoire. Mais elle n'applique pas une recette classique où vraies personnalités croisent personnages de fiction. A sa préparation, elle rajoute des éléments fantastiques. Aux loup-garous de Louis Pasteur se succèdent les âmes de fer. Fantastique et historique réussissent à coexister de manière harmonieuse.

    Au fil des pages, nous apprenons beaucoup de choses sur les conditions de vie des ouvriers, sur les dangers de l'industrialisation, sur la place des femmes, sur l'Exposition universelle de Paris, sur l'évolution de la science et sur les créations d'Alfred Nobel. Tous ces éléments pédagogiques s'imbriquent à merveille à l'intrigue, sans jamais l'alourdir.

    A ce discours historique et sociétal se superposent de nombreux éléments fantastiques. Loup-garous, phénix et âmes de fer s'invitent dans les péripéties. Et permettent aux lecteurs de mener une réflexion sur les dangers de la science, sur les manipulations, sur les cobayes et sur le retournement éventuel des créatures contre leurs créateurs.

    Comme pour De capes et de mots ou Louis Pasteur, la prose est brillante, l'histoire maîtrisée de bout en bout; les calembours se succèdent, les références aussi (Frankenstein...). Mais, alors que j'avais trouvé que  le vocabulaire servait toujours l'action dans Louis Pasteur, sans jamais la ralentir. Ici, j'ai parfois eu la sensation que le trop plein de beaux mots pouvait desservir le propos.

    "L'oreille était assaillie par mille bruits discordants: partout on clouait, vissait, rivait, écrouissait, sciait, escapoulait, calorisait, rabotait, corroyait, étampait, décottait, corrodait, mazéait, grenaillait, ébrondait, dolait, dulcifiait, emboutissait, laminait, crampait, ébarbait, burinait, pilonnait, cinglait, brasait et brocardait."

    Malgré ce léger bémol, je n'ai pas boudé mon plaisir. Les pages se sont tournées toutes seules, j'ai ri, je me suis attachée à Gustave et ses amis...Mon cœur a même palpité à certains rebondissements...

    Bref, vous l'aurez compris: ce troisième titre de Flore Vesco constitue de nouveau une réussite. Vivement son prochain!

    Didier Jeunesse, 2018, 221 pages